Mes employés manquent d'initiative : et si c'était la règle du jeu ?
Personne ne propose rien. Personne ne devance. Vous avez l'impression de tirer une charrette où tout le monde est assis. Vous concluez que vos employés manquent d'initiative. Avant d'aller plus loin, cet article vous propose de regarder autre chose : ce qui arrive, dans votre entreprise, à celui qui en prend une. La réponse explique souvent tout. Et elle se corrige avec une feuille.
L'initiative, ça se dresse ou ça s'éteint
Personne n'arrive dans une entreprise sans initiative. Les premiers jours, un nouveau propose, pose des questions, essaie. Puis il observe. Il regarde ce qui arrive à ceux qui proposent. Et il s'ajuste. En 3 mois, il a appris la règle du jeu de la maison. Si la règle, c'est « on attend », il attend.
Alors avant de dire que vos employés manquent d'initiative, posez-vous une question : la dernière fois que quelqu'un en a pris une, qu'est-ce qui s'est passé ?
Le diagnostic en 3 questions
1. Que s'est-il passé la dernière fois ?
Quelqu'un a changé l'ordre des tournées. Quelqu'un a proposé un autre fournisseur. Quelqu'un a répondu au client sans vous. Vous avez dit quoi ? Si vous avez corrigé, refait, ou expliqué pourquoi c'était mieux à votre façon, l'équipe a enregistré : prendre une initiative, c'est se faire reprendre.
2. L'initiative, elle porte sur quoi ?
Il y a une différence entre « proposer une idée » et « avoir le droit de la mettre en œuvre ». Si toute idée doit passer par vous pour exister, l'initiative est un détour vers votre bureau. L'équipe le sait. Elle va directement au bureau. Ou elle n'y va plus.
3. Qu'est-ce qu'elle rapporte ?
Pas en argent. En reconnaissance. Avez-vous déjà dit « bonne décision » à quelqu'un qui avait tranché seul ? Devant les autres ? Si non, l'initiative est un risque sans gain. Nous détaillons ce geste dans dire bonne décision à un salarié.
Le malentendu sur « l'initiative »
Vous attendez de l'initiative sur ce que vous avez en tête. Eux prennent des initiatives sur ce qu'ils ont le droit de toucher. Si le périmètre est vide, l'initiative l'est aussi.
Disons une boîte de 12. Le fondateur se plaint que personne ne propose rien pour les relances clients. Mais personne n'a le droit de relancer un client sans lui. Alors personne ne pense aux relances. Ce n'est pas un manque d'initiative. C'est une absence de permission. Le jour où la permission est écrite, les idées arrivent. Pas parce que les gens ont changé. Parce que le sujet est devenu le leur.
Le geste qui débloque
Ce n'est pas une boîte à idées. C'est une feuille. Une tâche, un prénom, un montant maximum, « si tu te trompes, je couvre », 2 signatures, affichée. La personne a désormais un territoire. Sur ce territoire, elle décide. Et sur ce territoire, les initiatives reviennent.
Puis, chaque vendredi, 20 minutes, 5 questions, dont celle-ci : « la ligne suivante ». C'est l'endroit où l'initiative a sa place officielle. Qui veut la ligne suivante ? Celui qui lève la main prend un territoire de plus. Le format exact de ce rendez-vous est dans réunion d'équipe efficace en 20 minutes.
C'est ce que la série Remplaçables filme pendant 5 jours, puis 90 : la feuille écrite le 3e jour, puis la ligne suivante chaque vendredi. Sans rejouer. Si vous reconnaissez votre entreprise, vous pouvez candidater.
Ce qu'il ne faut pas faire
- Organiser un séminaire sur l'initiative. L'équipe entendra le discours et regardera vos réactions.
- Recruter « quelqu'un qui en a ». Il apprendra la règle du jeu en 3 mois, comme les autres.
- Donner tout d'un coup pour « voir ». Sans bord ni couverture, la première erreur remettra tout en place.
- Reprendre une initiative le jour même. Notez-la, parlez-en vendredi.
Ce soir : retrouvez l'initiative que vous avez éteinte
Il y en a une. Une proposition que quelqu'un a faite il y a quelques mois et que vous avez balayée, pressé, fatigué. Retrouvez-la. Demain, allez voir la personne : « Ton idée sur les tournées. Je n'ai pas écouté. Explique-moi. » Puis écrivez la feuille qui lui donne le droit de l'essayer, avec un bord. L'initiative ne manquait pas. Elle attendait qu'on lui rende la porte.
