Déléguer quand on est perfectionniste : accepter le « assez bien »
Vous le savez : vous êtes exigeant. Le devis doit être tourné comme vous le tournez, le client rappelé comme vous le rappelez. Vous avez essayé de déléguer, et vous avez repris, parce que ce n'était pas ça. Cet article ne vous dira pas de baisser vos exigences. Il vous propose de les placer : déléguer quand on est perfectionniste, c'est décider sur quelles lignes « assez bien » suffit, et sur lesquelles votre œil reste nécessaire.
Le perfectionnisme a construit l'entreprise
Commençons par là. Vos clients sont là parce que c'est bien fait. Votre exigence n'est pas un défaut à corriger. C'est ce qui a tenu la maison pendant des années. Le problème n'est pas l'exigence. C'est qu'elle s'applique à tout, de la même façon, et que « tout » passe donc par vous.
Disons 23 lignes qui remontent. Sur combien votre exigence fait-elle une différence que le client remarque ? Honnêtement ? 4 ou 5. Sur les 18 autres, « assez bien » et « parfait » donnent le même résultat. Vous payez le parfait en heures. Personne ne le voit.
La question qui trie
Pour chaque ligne, posez-vous une seule question : si c'est fait à 80 % de ce que je ferais, qui s'en aperçoit ?
- Personne : la ligne descend, avec un seuil. Votre exigence n'y sert à rien.
- L'équipe, mais pas le client : la ligne descend. On en parle vendredi si besoin.
- Le client, et il s'en souvient : la ligne reste, pour l'instant. C'est là que vous êtes utile.
Vous découvrirez que les lignes où le client s'en aperçoit sont peu nombreuses, et qu'elles ressemblent à vos 7 lignes : les prix, les 3 plus gros clients, embaucher et se séparer, signer au-dessus d'un seuil, la trésorerie à 13 semaines, le cap à 1 an, le dernier recours. Votre perfectionnisme a sa place. Elle est là.
Ce que « assez bien » veut dire, par écrit
Un bord, pas une qualité
Vous ne pouvez pas écrire « fais-le bien ». Vous pouvez écrire « jusqu'à disons 300 €, dans la grille habituelle, envoyé sans me montrer ». Le bord remplace le jugement de qualité. Il est objectif. Il tient sur la feuille : donner le droit de décider par écrit.
Une couverture
« Si tu te trompes, je couvre. » Pour un perfectionniste, cette phrase est la plus dure. Elle dit : j'accepte d'avance que ce ne soit pas exactement ça. C'est elle qui rend la délégation réelle.
Un endroit pour l'exigence
Le vendredi, 20 minutes. Pas le mardi en passant derrière. Si quelque chose vous a dérangé, vous le notez, et vous le dites vendredi, comme une correction de la feuille. Pas comme une reprise. L'article je reprends toujours la main sur mon équipe décrit les 4 moments où ça dérape.
Ce qui va vous arriver
La première semaine, vous verrez des choses faites autrement. Pas mal. Autrement. Votre réflexe sera de corriger. Vous ne corrigerez pas. Vous noterez. Vendredi, vous relirez vos notes, et vous constaterez que la moitié n'avait aucune importance. L'autre moitié deviendra une ligne de plus sur la feuille.
La troisième semaine, quelqu'un fera quelque chose mieux que vous. Pas « aussi bien ». Mieux. Parce qu'il est sur cette ligne tous les jours et vous une fois par semaine. Ce jour-là, dites « bonne décision ». Et notez que le perfectionnisme était peut-être aussi une façon de ne pas voir ça.
C'est ce que la série Remplaçables filme pendant 5 jours, puis 90 : des fondateurs exigeants qui donnent une ligne, puis une autre, et ce qu'ils en disent le vendredi. Rien n'est rejoué. Vous pouvez candidater si votre entreprise compte entre 5 et 30 personnes.
Ce soir : la ligne où personne ne s'en apercevra
Prenez votre liste de lignes. Pour chacune, répondez vite : si c'est fait à 80 %, qui le voit ? Entourez la première où la réponse est « personne ». C'est votre feuille de demain. Un prénom, un seuil, la phrase, 2 signatures. Puis 7 jours sans corriger. Votre exigence n'a pas baissé. Elle a trouvé sa place.
