Entreprise en difficulté en Afrique francophone : le fondateur porte tout
Une entreprise de 15 à Abidjan, un atelier de 9 à Casablanca, une agence de 6 à Tunis, un commerce de 12 à Dakar ou à Douala. Les cadres juridiques diffèrent d'un pays à l'autre, parfois d'une zone à l'autre. Mais partout, on retrouve la même scène : une personne qui a tout monté et par qui tout passe. Cet article regarde l'entreprise en difficulté en Afrique francophone avec les yeux de la série, en restant général sur le droit et en renvoyant aux professionnels locaux.
Ce qu'on retrouve partout
Le fondateur qui tient les prix dans sa tête. L'équipe qui attend le feu vert pour tout, même pour une petite dépense. Les clients, parfois gros, parfois publics, qui paient avec plusieurs mois de retard, et qu'on n'ose pas relancer parce que la relation compte plus que la facture. La paie qui dépend d'un encaissement attendu. Ces scènes existent à Dakar, à Abidjan, à Rabat, à Sfax, à Yaoundé. Elles existent aussi à Lyon.
Les 3 signes de la série se lisent dans n'importe quelle monnaie : la paie payée avec l'argent arrivé quinze jours plus tôt, l'équivalent de plus de 20 000 € dehors depuis plus de 2 mois, un fondateur dont l'absence d'une semaine arrête les devis.
Ce qui est propre à chaque pays
Plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest et centrale partagent un droit des affaires harmonisé, avec des procédures collectives et de prévention qui leur sont propres. Le Maroc et la Tunisie ont chacun leur propre droit des entreprises en difficulté, leurs tribunaux de commerce, leurs obligations sociales et fiscales. Les délais, les seuils, les responsabilités de celui qui dirige, les relations avec les administrations et les banques sont différents d'un pays à l'autre, et parfois d'une ville à l'autre dans la pratique.
Nous ne vous dirons donc rien de précis. C'est un professionnel de votre pays, expert-comptable, avocat, conseil agréé, qui vous dira ce qui s'applique à votre cas. Et pour tout ce qui touche à l'informel, aux dettes envers des proches, aux arrangements oraux, c'est lui aussi qui vous dira ce qui peut être écrit et comment.
La méthode, et ce qu'elle demande d'adapter
Le jour 1 : la liste, sans le fondateur
Réunir l'équipe sans le fondateur peut être plus délicat là où le respect de la personne qui dirige est très marqué. On ne demande pas à l'équipe de critiquer. On lui demande de lister : « qu'est-ce qui attend qu'il valide ? » C'est une question de travail, pas de personne. Le compteur se compte pareil, disons 25 lignes.
Le jour 2 : l'argent et la relation
Relancer le soir même, J+5, J+15. Dans beaucoup de contextes, la relance écrite doit être accompagnée d'une visite ou d'un appel, et le ton compte énormément. La méthode ne dit pas comment relancer, elle dit quand, et qu'une seule personne nommée le fasse. La forme vient de vous et de votre culture, pas d'un article.
Le jour 3 : la feuille
Une tâche, un prénom, un montant maximum, « si tu te trompes, je couvre », 2 signatures, affichée. Écrire un droit là où tout se faisait à l'oral est souvent le geste le plus fort des 5 jours. Il ne remplace aucun document légal, c'est un engagement entre deux personnes, et votre conseil vous dira ce qui doit rester formel.
Le jour 4 : les machines, avec prudence
Les relances la nuit, le tri des mails, les brouillons de devis supposent une connexion fiable et des clients qui lisent leurs mails. Là où ce n'est pas le cas, le jour 4 est plus léger, et ce n'est pas grave : la permission compte plus que la machine. La feuille du jour 3 fait baisser le compteur même sans machine.
La saison 1 et la distance
La saison 1 est tournée en France. La question de la candidature depuis l'étranger est traitée franchement. Mais le jour 1, le jour 2 et la feuille se font sans caméra, et un fondateur de Dakar peut les faire lundi. C'est ce que la série Remplaçables filme pendant 5 jours, puis 90, et le fondateur qui porte tout n'a pas de frontière. Vous pouvez candidater ou commencer sans nous.
Ce que vous pouvez faire lundi, sans nous
- Réunir l'équipe sans vous, une heure, une question, une liste.
- Sortir les factures de plus de 60 jours et confier la relance à une personne nommée.
- Écrire une feuille, un prénom, un montant maximum, et la signer à deux.
- Prendre rendez-vous avec un professionnel de votre pays pour tout ce qui relève du droit.
Ce soir, une permission écrite
Choisissez la petite dépense que l'équipe vous demande tous les jours. Disons le carburant, les fournitures, un petit achat urgent. Écrivez un prénom, un montant maximum par semaine, et la phrase « si tu te trompes, je couvre ». Signez demain à deux, devant les autres. Ce sera la première ligne de votre compteur qui sort de votre tête, et probablement la plus facile.
