Mon entreprise coule : que faire en premier, ce soir et demain matin
Vous avez tapé « mon entreprise coule » un soir, seul, l'ordinateur encore allumé. Vous n'avez pas besoin d'un cours de gestion. Vous avez besoin de savoir quoi faire dans l'heure qui vient, puis demain à 8 h. Cet article ne promet rien. Il donne un ordre : 3 chiffres à sortir ce soir, 1 geste demain matin, 1 chose à ne pas faire. Et il explique pourquoi, dans une boîte de 5 à 30 personnes, le bateau coule rarement d'un coup.
Le bateau ne coule pas d'un coup
Quand on dit « mon entreprise coule », on imagine une voie d'eau. En réalité, dans une boîte de 5 à 30 personnes, c'est une baignoire qui se vide lentement. Le chiffre d'affaires est là. Les clients sont là. Mais chaque mois, il manque un peu. Et chaque mois, la personne qui porte l'entreprise comble le trou avec son temps, sa fatigue, ou un report de charges.
En France, près de 68 000 entreprises ont fait défaut sur 12 mois (Banque de France, cumul à fin novembre 2025). Près de 190 par jour. La plupart n'ont pas explosé. Elles se sont vidées.
La bonne nouvelle, si on peut dire : une baignoire qui se vide, ça se mesure. Et ce qui se mesure se décide.
Ce soir : 3 chiffres, pas un de plus
Ne rouvrez pas le tableur de l'année. Ne relisez pas le bilan. Sortez 3 chiffres sur une feuille, au stylo.
1. Ce qu'il y a sur le compte ce soir
Le solde réel, découvert compris. Pas le solde « quand le client aura payé ». Celui de ce soir.
2. Ce qui doit sortir d'ici le 28
La paie, les charges, le loyer, les 2 ou 3 fournisseurs qu'on ne peut plus faire attendre. Un total. Disons 38 000 €.
3. Ce qui est dehors depuis plus de 2 mois
Les factures envoyées, non payées, de plus de 60 jours. Un total aussi. Disons 24 000 €. Ce chiffre-là, presque personne ne le connaît de tête. C'est pourtant celui qui dit si vous avez un problème d'argent ou un problème de relance. Nous en parlons dans cet article sur les fournisseurs qu'on n'arrive plus à payer.
Trois chiffres. Si le 3e est plus grand que le trou entre le 1er et le 2e, votre entreprise ne coule pas. Elle attend qu'on aille chercher son argent.
Demain matin : 1 geste, avant 10 h
Le geste n'est pas d'appeler la banque. Pas encore. Le geste, c'est de réunir l'équipe 20 minutes, sans ordinateur, et de poser une question : « Qu'est-ce qui attend que je valide ? »
Vous allez entendre des choses. Des devis en attente depuis 10 jours. Des relances que personne n'ose faire parce que « c'est le client du patron ». Des commandes bloquées parce qu'il faut votre signature. Chaque ligne qui attend, c'est de l'argent qui n'entre pas.
C'est exactement le premier jour que la série Remplaçables filme : l'équipe réunie, le fondateur dehors, et la liste qui s'écrit au tableau. Si vous voulez voir ça de l'intérieur, vous pouvez candidater. Sinon, faites-le seul. Ça marche aussi.
Ce qu'il ne faut pas faire cette semaine
- Ne pas payer la paie en retard sans rien dire. Une paie en retard, expliquée la veille, se survit. Une paie en retard découverte le 29 au distributeur, non.
- Ne pas signer un nouveau gros devis à perte pour « faire rentrer du cash ». C'est remplir la baignoire avec un seau percé.
- Ne pas décider seul à 23 h. Les décisions de 23 h sont presque toujours des décisions de fatigue.
- Ne pas cacher les chiffres à votre expert-comptable. Il les verra dans 3 mois. Autant qu'il les voie maintenant.
Pour les dettes sociales et fiscales, les échéanciers, les procédures : il existe des dispositifs. Mais c'est un professionnel (avocat, expert-comptable, mandataire) qui vous dira ce qui s'applique à votre cas. Pas un article.
Pourquoi vous êtes le bouchon de la baignoire
Dans la plupart des boîtes qui coulent lentement, le fondateur est le goulot. Tout passe par lui : les prix, les devis, les relances, les mails, les achats. Il travaille énormément. Et c'est justement ça qui fait fuir l'eau : pendant qu'il valide un devis, 3 factures ne sont pas relancées.
Comptez vos lignes. Combien de choses, dans une semaine normale, passent par vous avant d'avancer ? Disons 23. Ce chiffre-là, nous l'appelons le compteur. Il descend. Pas en travaillant plus. En donnant le droit à quelqu'un d'autre, par écrit, avec un montant maximum, et en lui disant : « si tu te trompes, je couvre ».
Si vous vous reconnaissez dans « je bosse 70 heures et ça ne suffit pas », lisez ceci ensuite.
Ce soir, une feuille et un stylo
Pas de plan de redressement. Pas de tableur. Trois chiffres au stylo : le compte, ce qui sort d'ici le 28, ce qui est dehors depuis plus de 2 mois. Posez la feuille sur votre bureau. Demain à 8 h, elle sera encore là. Et vous saurez si votre entreprise coule, ou si elle attend simplement qu'on aille la chercher.
Il se peut qu'elle coule vraiment. Dans ce cas, vous le saurez plus tôt, et c'est déjà mieux que de le découvrir le 29.
