Mon salarié fait tout remonter : comment arrêter sans le braquer
Il y a dans votre équipe quelqu'un qui vous pose tout. La commande, la réponse au client, l'ordre des tâches. Vous avez répondu cent fois « tu sais faire ». Il continue. Vous commencez à vous agacer, et lui à le sentir. Cet article regarde pourquoi un salarié fait tout remonter, ce qui l'entretient malgré vous, et comment arrêter sans reproche, avec une feuille et une phrase.
Ce que ça lui coûte à lui aussi
Commencez par là. Faire tout remonter n'est pas confortable. Ça veut dire attendre, se faire parfois répondre sèchement, se sentir petit. La personne ne le fait pas par plaisir. Elle le fait parce que, dans son calcul, c'est moins risqué que de décider. Tant que ce calcul reste vrai, elle continuera.
Et notez une chose : si vous êtes agacé, elle le sait. Ça ne la fait pas décider davantage. Ça la fait demander plus prudemment, en choisissant mieux son moment.
Votre travail n'est donc pas de lui dire d'arrêter. C'est de changer le calcul.
Trois causes, souvent mêlées
La peur d'une réaction
Un jour, cette personne a décidé seule. Vous avez réagi, peut-être à peine. Depuis, elle a conclu que demander coûte moins cher que se tromper. Elle a raison, tant que rien n'est écrit.
L'absence de bord
« Tu sais faire » ne dit pas jusqu'où. Alors, pour chaque situation un peu nouvelle, elle vérifie. Ce n'est pas qu'elle ne sait pas. C'est qu'elle ne sait pas si elle a le droit. Le remède est un chiffre : jusqu'à quel montant un salarié peut décider.
Votre disponibilité
Vous répondez toujours. Vite. Même agacé, vous répondez. Pour elle, c'est le chemin le plus court. Vous êtes, sans le vouloir, la solution la plus efficace à chaque question. Tant que vous le resterez, elle vous prendra.
Ce qui ne marche pas
- Le reproche. « Tu me demandes tout. » Elle entend : je suis un problème. Elle demande encore plus prudemment, ou elle se tait et attend.
- Le renvoi sec. « Débrouille-toi. » Sans bord ni couverture, c'est une mise en danger. Elle se trompe, vous reprenez, et le calcul se confirme.
- La réponse par habitude. Vous répondez en 3 secondes, c'est plus rapide. Oui. Et ça garantit la question suivante.
Ce qui marche : changer le calcul
Trois gestes, dans l'ordre.
- Noter ses questions une semaine. Toutes. Vous verrez qu'elles tournent autour de 3 ou 4 sujets. Pas 30.
- Écrire une feuille sur le sujet le plus fréquent. La tâche, son prénom, un montant maximum, « si tu te trompes, je couvre », 2 signatures. Affichée. Le mode d'emploi : donner le droit de décider par écrit.
- Changer votre réponse. La prochaine fois qu'elle pose la question couverte par la feuille, vous ne répondez pas. Vous dites : « C'est sur ta feuille. Tu décides. Si tu te trompes, je couvre. » Calmement. Chaque fois.
La première semaine, elle testera. Elle reviendra avec la même question formulée autrement. Même réponse. La deuxième semaine, elle décidera. Si elle se trompe, vous couvrez, devant les autres, et vous en parlez vendredi. Si c'est juste, vous dites « bonne décision ». Le calcul vient de changer.
Ce que ça dit de l'entreprise
Un salarié qui fait tout remonter est rarement seul. Il est juste le plus visible. Les autres font remonter moins, ou plus discrètement. Le vrai chiffre, c'est le nombre de lignes qui passent par vous, toutes personnes confondues. Disons 23. Cette personne en porte peut-être 6. Les autres, le reste.
C'est ce que la série Remplaçables filme pendant 5 jours, puis 90 : la liste, le premier jour, de tout ce qui attend que le fondateur valide, faite par l'équipe sans lui. Si vous reconnaissez votre entreprise, vous pouvez candidater.
Ce soir : une feuille, pas une remarque
Vous aviez prévu de lui dire quelque chose. Ne le faites pas. Prenez plutôt une feuille et écrivez la question qu'il vous a posée le plus souvent cette semaine. Mettez un montant. Ajoutez « si tu te trompes, je couvre ». Demain matin, proposez-lui de signer. Vous ne lui avez rien reproché. Vous lui avez rendu une ligne.
