Si une entreprise ferme pendant la série : ce qu'on montre, ce qu'on tait
C'est la question qu'on nous pose avec le plus de gêne : et si ça ne marche pas ? Si la paie du 28 ne tombe pas à J60 ? Si l'entreprise ferme pendant les 90 jours ? La réponse est écrite dans les règles : l'entreprise peut échouer et on le montre. Cet article explique ce que « montrer » veut dire, ce qu'on protège quand même, et pourquoi une série qui cacherait ses échecs ne servirait à personne.
La règle, et pourquoi elle dérange
« L'entreprise peut échouer et on le montre. » Six mots qui ont fait reculer des entreprises intéressées. On comprend. Personne ne veut que la fin de sa boîte serve d'épisode. Mais la règle inverse, ne montrer que les réussites, est pire : elle dit au fondateur qui regarde que ça marche toujours, et le jour où ça ne marche pas pour lui, il se croit seul et nul.
Près de 190 entreprises ferment chaque jour en France. Si aucune des 5 de la saison 1 ne pouvait fermer à l'écran, la série mentirait sur le pays où elle est tournée.
Ce que « montrer » veut dire
Ce qu'on montre
- Le vendredi où la première question, la paie du 28, reçoit la réponse « non ».
- Le compteur, publié à J90 quoi qu'il arrive, même si J90 n'arrive pas pour l'entreprise.
- Le fondateur qui décide d'aller voir un professionnel, avocat, expert-comptable ou mandataire, parce que c'est à eux de dire ce qui s'applique à son cas.
- L'équipe, et ce qu'elle dit le jour où elle apprend.
Ce qu'on ne montre pas
- Les procédures elles-mêmes. Une audience, un rendez-vous au tribunal, une convocation : rien de ça n'est filmé. C'est un cadre légal, pas une scène.
- Les montants, si l'entreprise demande qu'ils soient anonymisés. On montre qu'il manque, pas combien.
- La scène que chaque personne a le droit de retirer. Le fondateur qui ferme peut retirer celle de son choix, comme tout le monde.
Ce que la série fait pendant ce temps
Elle ne sauve pas l'entreprise. Elle n'a ni l'argent ni le droit de le faire. Ce qu'elle peut faire, c'est garder les vendredis. 20 minutes, 5 questions, jusqu'au bout. Et déplacer la cinquième question, « la ligne suivante », vers ce qui protège les gens : les paies dues, les documents que l'équipe aura besoin d'avoir, les contacts que le fondateur seul connaît. Sauver des paies, pas des patrons prend ici son sens le plus dur.
Le compteur reste utile même là. Une entreprise qui ferme avec un compteur à 7 ferme proprement : l'équipe sait où sont les choses. Une entreprise qui ferme avec un compteur à 23 ferme dans le noir.
Pourquoi on ne prédit pas
On aurait pu éviter cette situation en ne prenant que des entreprises sûres. On a barré cette règle. Le lundi du jour 1, personne ne sait. Et c'est précisément parce qu'on ne sait pas que ce qu'on filme a de la valeur. Une série où le résultat est connu d'avance n'est pas un documentaire.
Ce que ça vous dit, à vous
Si vous hésitez à candidater parce que vous avez peur que ça finisse mal à l'écran, posez-vous la question dans l'autre sens : si ça finit mal sans écran, qui saura ce que vous avez essayé ? Qui saura que l'équipe a tenu 48 heures à J30, que les relances sont parties, que le compteur est descendu avant que la banque ne lâche ? Montrer l'échec, c'est aussi montrer le travail.
C'est ce que la série Remplaçables filme pendant 5 jours, puis 90, y compris quand ça finit. Si vous pouvez l'accepter, vous pouvez candidater.
Les partenaires qui financent les 5 jours n'ont aucun mot à dire sur cet épisode-là non plus. Ils ne coupent rien, et un échec diffusé fait partie de ce qu'ils ont accepté en signant. Une banque ou un cabinet qui refuserait d'être associé à une fermeture ne serait pas partenaire de cette série.
Ce soir, le dernier recours
Le dernier recours est une des 7 lignes que le fondateur garde. Ce soir, écrivez le vôtre : à qui vous appelez si la paie du 28 ne peut pas tomber. Un nom de professionnel, un numéro. Pas pour l'utiliser. Pour ne pas le chercher à 2 h du matin, le 27. Le fondateur qui a cette ligne écrite ferme rarement dans le noir.
