Tout passe par moi dans mon entreprise : comment compter et faire baisser
Les devis, les prix, les relances, les commandes, les plannings, les réponses à certains clients, les mails. Tout passe par vous. Vous le savez, vous le dites, et ça continue. Parce que « tout » n'est pas un chiffre : c'est une sensation, et une sensation ne se traite pas. Cet article propose de compter, précisément, ce qui dépend de vous dans une semaine. Nous appelons ça le compteur. Puis de le faire baisser, une ligne à la fois, avec une feuille A4.
« Tout » n'est pas un chiffre
Quand on dit « tout passe par moi », on décrit une fatigue. Pour la traiter, il faut un nombre. Combien de choses, dans une semaine ordinaire, ne peuvent pas avancer sans votre validation, votre réponse, votre signature ou votre présence ? Pas « beaucoup ». Un chiffre. Disons 23.
Ce chiffre, c'est le compteur. C'est le seul que la série Remplaçables suit : pas le chiffre d'affaires, pas la marge, le nombre de lignes qui passent encore par le fondateur. Il descend, ou pas. Disons de 23 à 7. Ou de 23 à 19, puis retour à 23 parce que tout a été repris le vendredi suivant. On le montre.
Compter : la liste en deux temps
Votre liste
Ce soir, une feuille. Tout ce qui, cette semaine, a attendu votre décision. Le devis de mardi. Le prix pour ce client. La commande de matière. Le planning de jeudi. La réponse au fournisseur. Les relances. Le recrutement de l'intérimaire. Comptez.
Leur liste
Demain, l'équipe réunie 20 minutes, sans vous. Quelqu'un pose la question : « qu'est-ce qui attend qu'il valide ? » Tout s'écrit au tableau. Vous revenez, vous lisez, vous ne vous justifiez pas. Leur liste est toujours plus longue que la vôtre. Les choses que vous validez en 20 secondes, eux les attendent 2 jours.
Le compteur
La somme, sans doublons. C'est votre point de départ. Il n'est pas honteux. Il est juste élevé, et il descend.
Ce qui reste à vous : 7 lignes
Tout ne doit pas descendre. Il y a 7 lignes que la personne qui porte l'entreprise garde :
- Les prix.
- Les 3 plus gros clients.
- Embaucher et se séparer.
- Signer au-dessus d'un seuil.
- La trésorerie à 13 semaines.
- Le cap à 1 an.
- Le dernier recours.
Sept. Si votre compteur est à 23, il y a 16 lignes qui ne devraient pas être chez vous. Ce ne sont pas des lignes moins importantes. Ce sont des lignes que quelqu'un d'autre peut tenir, à condition d'en avoir le droit par écrit.
Faire baisser : la feuille A4
Une ligne à la fois. Une page A4 par ligne. Dessus : la tâche, un prénom (pas un service), un montant maximum, la phrase « si tu te trompes, je couvre », deux signatures. Affichée au mur, pas rangée.
La phrase est la partie qui compte. Sans elle, la personne a une tâche et pas le droit : à la première erreur, elle revient vous demander, et la ligne remonte chez vous. Avec elle, elle a le droit de se tromper une fois, et la ligne reste chez elle.
Puis les machines, mais seulement après. Une fois que quelqu'un a le droit de relancer, une machine relance la nuit. Une fois que quelqu'un a le droit de faire les devis, une machine prépare les brouillons. Une machine mise sur une ligne qui vous attend encore ne fait qu'accélérer l'attente.
Mesurer chaque vendredi
20 minutes, 5 questions : la paie du 28 est-elle couverte ? Le compteur, à combien ? Quelle erreur cette semaine, et qui l'a couverte ? Qu'ai-je repris que j'avais lâché ? Quelle est la ligne suivante ? La 4e question est celle qui fait mal. On reprend toujours. Le vendredi sert à le voir, et à relâcher.
C'est ce que la série Remplaçables filme pendant 5 jours, puis 90 : la liste, les feuilles, le compteur publié à J90. Vous pouvez candidater. Si c'est la peur de tomber malade ou l'impossibilité de partir qui vous a amené ici, le compteur est la même réponse.
Ce soir, le nombre
Une feuille, votre liste, un nombre. Écrivez-le en gros. C'est votre compteur de départ. Puis entourez la ligne la plus facile à donner demain : celle où l'erreur coûterait le moins, et où le prénom est évident.
Demain, cette ligne a une feuille A4, deux signatures, et un mur. Le compteur est à 22. Ce n'est pas rien : c'est la première fois qu'il bouge.
