Nommer un référent dans une petite équipe : sans titre et sans faux pas
Vous ne pouvez plus être le seul recours. Vous pensez à nommer quelqu'un : un référent, un bras droit, quelqu'un vers qui l'équipe se tourne quand vous n'êtes pas là. Bonne intuition, mais le geste est délicat dans une équipe de 5 à 30 personnes. Mal fait, il crée un chef que personne n'a choisi. Cet article dit qui choisir, ce qu'on lui donne, par écrit, et ce qu'on ne lui donne surtout pas.
Pourquoi le référent n'est pas un chef
Un chef décide pour les autres. Un référent, dans une petite équipe, c'est autre chose : la personne qui tient certaines lignes quand vous n'êtes pas là, et vers qui on se tourne pour les questions de ces lignes. Pas pour tout. Pour ce qui est écrit.
La différence est dans la feuille. Le chef a un titre. Le référent a des lignes, avec des montants. Le titre crée de la hiérarchie. Les lignes créent de la clarté.
Qui choisir
Pas forcément le plus ancien. Pas forcément le plus compétent techniquement. Trois critères, dans l'ordre :
- La personne qui décide déjà, en douce. Il y en a souvent une. Celle que les autres vont voir quand vous n'êtes pas là, sans que personne ne l'ait désignée. L'équipe a déjà voté. Écoutez-la.
- La personne qui a utilisé sa feuille. Si vous avez déjà donné des lignes, regardez qui s'en est servi sans revenir vous demander. C'est un signe plus sûr qu'un entretien.
- La personne que les autres accepteront. Demandez-leur. Pas en vote formel. En question posée le vendredi : « Quand je ne suis pas là, vers qui vous allez ? » La réponse est souvent unanime.
Ce qu'on lui donne, par écrit
Des lignes, avec des seuils
Une feuille par ligne, comme pour tout le monde : la tâche, son prénom, le montant maximum, « si tu te trompes, je couvre », 2 signatures. Le référent a simplement plus de feuilles, et des seuils plus hauts. Disons les remises jusqu'à 10 % là où les autres sont à 5. Comment fixer ces seuils : jusqu'à quel montant un salarié peut décider.
Le droit d'être la première porte
Écrit aussi : « Quand je ne suis pas là, les questions sur telle et telle ligne vont à elle. » Affiché. L'équipe sait. Le référent sait. Et vous, vous savez quoi renvoyer.
Une place au vendredi
Le référent lit le compteur avec vous. Il propose la ligne suivante. Il n'anime pas la réunion à votre place : il la partage.
Les 3 erreurs qui fabriquent un chef mal aimé
- Le titre sans les lignes. « Tu es responsable d'équipe. » Responsable de quoi, jusqu'où ? Sans feuille, le référent devient celui qui donne des ordres sans avoir le droit de décider. Pire que rien.
- Lui donner vos 7 lignes. Les prix, les 3 plus gros clients, embaucher et se séparer, signer au-dessus d'un seuil, la trésorerie à 13 semaines, le cap à 1 an, le dernier recours. Ces lignes restent à vous. Un référent qui les tient devient un second fondateur, et l'équipe ne sait plus à qui parler.
- Court-circuiter. Vous avez dit « les questions vont à elle », et vous répondez quand même quand on vous les pose. Le référent est désavoué en public, sans un mot. Même mécanisme que dans je reprends toujours la main sur mon équipe.
Le test
Le référent sert à une chose : que l'entreprise tienne quand vous n'êtes pas là. Testez-le. 2 heures téléphone éteint, devant tout le monde. Puis 48 heures vers le 30e jour. Puis 7 jours vers le 60e. Ça casse presque toujours le 5e jour. Là où ça casse, c'est la ligne qui manque sur sa feuille. On l'ajoute. On resigne.
C'est ce que la série Remplaçables filme pendant 5 jours, puis 90 : qui tient quand le fondateur s'éteint, et ce qu'il manque pour que ça tienne. L'entreprise peut échouer et on le montre. Vous pouvez candidater.
Ce soir : ne nommez personne
Pas encore. Prenez une feuille et répondez à une question : quand je ne suis pas là, vers qui vont-ils ? Écrivez le prénom qui vous vient. Puis listez 3 lignes que cette personne tient déjà, officieusement. Demain, écrivez 3 feuilles. Signez à deux. Vous n'aurez pas nommé un référent. Vous aurez reconnu celui qui existait déjà.
