Tout repose sur moi dans mon entreprise : comment sortir du centre
Vous avez une équipe, et pourtant tout repose sur vous. Les devis, les prix, les relances, les clients mécontents, les clés du local. Le soir, vous faites ce que personne n'a pu faire dans la journée. Cet article ne vous dira pas de « lâcher prise ». Il vous donne une façon de compter ce qui passe par vous, puis une méthode pour que ce chiffre baisse, ligne après ligne, sans que l'entreprise casse.
Un chiffre plutôt qu'un sentiment
« Tout repose sur moi » est un sentiment. Il est vrai, mais il ne se mesure pas, donc il ne bouge pas. La première chose à faire est de le transformer en chiffre : le nombre de lignes qui passent encore par vous. Un devis à valider, c'est une ligne. Un virement à signer, une ligne. Un client qui exige de vous parler, une ligne. Une clé que vous seul avez, une ligne.
Dans la série Remplaçables, c'est le seul chiffre affiché à l'écran : le compteur. Disons 23 lignes le premier jour. L'objectif n'est pas 0. L'objectif est que le chiffre baisse, et que vous sachiez lesquelles restent.
Comment compter sans se mentir
Vous ne pouvez pas faire cette liste seul. Vous oublierez la moitié, parce que la moitié vous paraît normale. C'est l'équipe qui doit la faire, réunie sans vous, avec une seule question : « Qu'est-ce qui attend qu'il valide ? »
Ce que l'équipe voit et que vous ne voyez plus
Le commercial qui attend 2 jours un prix. La comptable qui n'ose pas relancer un gros client sans votre accord. Le chef d'atelier qui ne commande pas la pièce parce que « c'est lui qui gère le fournisseur ». Pour eux, ce sont des attentes quotidiennes. Pour vous, du bruit de fond.
Les lignes cachées dans votre téléphone
Regardez vos appels reçus de la semaine. Chaque appel de l'équipe pendant les heures de travail est une question qui n'avait pas de réponse écrite. Comptez-les. Le téléphone est la liste la plus honnête que vous ayez.
Les lignes que personne n'ose nommer
Le mot de passe de la banque. Le contact direct du plus gros client. La tarification « au feeling ». Celles-là ne sortent que si la question est posée sans vous dans la pièce.
Les 7 lignes que vous gardez
Tout ne doit pas sortir de vos mains. Il y a 7 lignes qu'un fondateur garde, et c'est très bien ainsi :
- Les prix.
- Les 3 plus gros clients.
- Embaucher et se séparer.
- Signer au-dessus d'un seuil.
- La trésorerie à 13 semaines.
- Le cap à 1 an.
- Le dernier recours.
Tout le reste est candidat à sortir. Si votre compteur est à 23, il y a 16 lignes qui n'ont rien à faire sur votre bureau. C'est là que se joue votre fatigue, pas dans les 7.
Rendre une ligne : pas déléguer, permettre
Rendre une ligne, ce n'est pas dire « occupe-toi en ». C'est écrire, sur 1 page A4 : la tâche, le prénom, le montant maximum, la phrase « si tu te trompes, je couvre », et 2 signatures. Puis l'afficher. Une consigne orale se perd au premier doute. Une feuille affichée tient quand vous n'êtes pas là.
Ensuite seulement viennent les machines : une qui relance les factures la nuit, une qui trie les mails, une qui prépare les brouillons de devis. Jamais une machine avant une permission. Sinon la machine fait plus vite une chose que personne n'a le droit de décider, et le compteur ne bouge pas. C'est ce que la série filme pendant 5 jours, puis 90 : candidater si vous reconnaissez votre entreprise.
Les signes que le compteur est déjà trop haut
Vous n'avez pas besoin d'une liste pour savoir si c'est grave. 3 signes suffisent, et ce sont ceux que nous regardons pour la série : la paie du 28 est payée avec l'argent qui rentre le 15 ; plus de 20 000 € attendent dehors depuis plus de 2 mois ; si vous étiez malade une semaine, personne ne saurait qui fait les devis. Si vous en cochez 2, la question n'est plus « est-ce que je délègue ? » mais « combien de temps l'entreprise tient si je tombe ? ». Lisez aussi ce que révèle le fait d'être indispensable dans son entreprise, et pourquoi ne pas arriver à déléguer n'est pas un défaut de caractère.
Ce soir : le compteur à la main
Sur une feuille, écrivez chaque chose qui a attendu votre accord cette semaine. Comptez. Entourez celles qui font partie des 7. Le reste, c'est votre travail des 90 prochains jours. Pas pour tout faire disparaître. Pour que le chiffre descende, et que vous le voyiez descendre.
