Dimanche soir, l'angoisse du chef d'entreprise : ce qui la fabrique
Le dimanche, vers 18 heures, ça commence. Le ventre se serre, la tête part sur la semaine, le sommeil se gâte d'avance. L'angoisse du dimanche soir, quand on est chef d'entreprise, ne ressemble pas à celle du salarié : vous n'avez pas peur de votre chef, vous avez peur de la liste. Celle de tout ce qui n'avancera pas lundi si vous n'êtes pas là. Cet article décrit ce qui la fabrique, et comment la vider, ligne par ligne.
Ce n'est pas la semaine qui angoisse, c'est la liste
Essayez de nommer ce qui vous serre le ventre le dimanche. Ce n'est pas « le travail ». C'est précis : le devis qui doit partir lundi et que vous seul pouvez chiffrer. Le client qui va rappeler et qui veut vous parler. Le virement fournisseur à valider. La question que l'équipe va poser à 8 h 05. La paie du 28 qui approche.
Chacune de ces choses a une propriété commune : elle ne se fera pas sans vous. L'angoisse du dimanche soir, c'est le compteur qui se réveille avant vous. Disons 23 lignes qui vous attendent lundi matin. Vous les sentez toutes à 18 heures le dimanche.
Pourquoi le repos du week-end ne répare rien
Vous avez eu deux jours. Vous n'êtes pas reposé. Parce que le repos ne vide pas la liste, il la suspend. Lundi, elle est intacte, et plus lourde d'un week-end d'attente. Un fondateur ne se repose pas en s'arrêtant. Il se repose quand des lignes sortent de ses mains pour de bon.
C'est pour cela que les vacances ne tiennent pas non plus : je ne peux pas prendre de vacances et l'angoisse du dimanche soir ont exactement la même cause.
Les 3 lignes qui pèsent le plus le dimanche
L'argent qui n'est pas rentré
Disons 25 000 € de factures dehors. Vous savez qu'il faut relancer, vous ne l'avez pas fait, vous le ferez cette semaine, vous ne le ferez pas. Le dimanche, cette ligne pèse plus que toutes les autres. La solution est le 2e jour de la méthode : la balance âgée sur la table, les relances le soir même, puis J+5, J+15, et une machine qui le fait la nuit après que quelqu'un en a eu le droit.
La décision que vous avez repoussée
Le fournisseur à changer, la personne à recadrer, le prix à monter. Elle revient chaque dimanche parce qu'elle n'a pas de rendez-vous. Donnez-lui-en un : vendredi, 20 minutes, 5 questions.
Le lundi 8 h 05
Les questions de l'équipe qui vous attendent à la porte. Chacune aurait une réponse écrite sur 1 page A4 si vous aviez donné le droit : tâche, prénom, montant max, « si tu te trompes, je couvre ». Ce sont les lignes les plus faciles à faire sortir, et celles que vous portez le plus lourdement.
Vider la liste, dans l'ordre
- Nommer : l'équipe écrit, sans vous, ce qui attend votre validation. Votre dimanche soir sur une feuille.
- Chiffrer : un montant par ligne, en dessous duquel on ne vous attend plus.
- Donner le droit : la feuille affichée, signée, avec un prénom.
- Équiper : relances la nuit, tri des mails, brouillons de devis, par une machine. Jamais avant la permission.
- Lâcher : téléphone éteint 2 heures devant l'équipe, puis un week-end entier vers J30.
- Mesurer : le vendredi, pour que le dimanche n'ait plus rien à porter.
C'est la méthode NOHELM, et c'est ce que la série Remplaçables filme pendant 5 jours, puis 90. Si votre dimanche ressemble à ça, vous pouvez candidater.
Le dimanche où ça ne serre plus
Il n'arrive pas d'un coup. Il arrive quand le compteur a baissé, disons de 23 à 12, et que le vendredi a pris la place du dimanche comme moment où l'on sait. Le dimanche soir redevient un soir. Pas parce que vous avez appris à respirer. Parce qu'il y a moins de choses qui ne se feront pas sans vous. Si le téléphone fait partie du poids, lisez couper son téléphone le week-end.
Ce soir : la liste du dimanche, écrite
Si c'est dimanche, faites-le maintenant. Sinon, dimanche prochain à 18 heures. Écrivez tout ce qui vous serre, ligne par ligne. Pour chaque ligne, un prénom qui pourrait la porter avec le droit. Vous n'aurez pas moins d'angoisse ce soir. Mais lundi, vous aurez la première feuille à signer. Et dimanche prochain, une ligne de moins.
