Je fais tout moi-même dans mon entreprise : pourquoi, et comment arrêter
Les devis, les relances, les mails, les commandes, la banque, les clients mécontents, le planning. Vous faites tout vous-même dans votre entreprise, et vous avez pourtant une équipe. Vous dites qu'ils ne veulent pas, ou qu'ils ne savent pas. Cet article propose une autre lecture : ils n'ont pas le droit. Et le droit, ça ne se donne pas à l'oral. Voici ce que « je fais tout moi-même » révèle, et le premier geste pour arrêter.
Ce que la phrase dit, et ce qu'elle cache
« Je fais tout moi-même » est vrai. Mais la suite de la phrase est fausse. « Parce qu'ils ne veulent pas » : avez-vous écrit, une fois, qu'ils avaient le droit ? « Parce qu'ils ne savent pas » : ont-ils eu le droit de se tromper une fois pour apprendre ? « Parce que c'est plus rapide » : sur un soir, oui. Sur 90 jours, non.
Ce que la phrase cache, c'est qu'une entreprise où une personne fait tout n'a pas d'équipe. Elle a des exécutants qui attendent. Et ce n'est pas eux qui l'ont décidé.
Comment on en arrive là
Personne ne choisit de tout faire. Ça se construit en 3 étapes, toutes raisonnables sur le moment.
Au début, vous étiez seul
Vous saviez tout faire, vous l'avez fait. Normal. Puis vous avez embauché pour produire, pas pour décider. Les décisions sont restées chez vous.
La première erreur a été reprochée
Un jour, quelqu'un a décidé seul. Il s'est trompé, disons 400 €. Vous avez soupiré, repris la main. Il n'a plus jamais décidé. Et les autres ont vu.
Vous êtes devenu le raccourci
Pour tout le monde, la réponse la plus sûre est devenue « je demande au patron ». Pas par paresse. Par prudence. Vous êtes la seule personne qui ne peut pas se faire reprocher une décision.
Ce que ça coûte, en chiffres de la méthode
Le compteur, c'est le nombre de lignes qui passent par vous. Chez quelqu'un qui fait tout, disons 23. Les 3 signes que la série Remplaçables regarde pour choisir ses entreprises en découlent souvent : la paie du 28 payée avec l'argent du 15, parce que vous relancez trop tard ; plus de 20 000 € dehors depuis plus de 2 mois, parce que relancer c'est vous ; malade une semaine, personne ne sait qui fait les devis, parce que c'est vous.
Si vous en cochez 2, « je fais tout moi-même » n'est plus une habitude. C'est le risque principal de votre entreprise.
Arrêter : pas tout, une ligne
- La liste sans vous : l'équipe écrit ce qui attend votre validation. Vous lisez après, sans discuter.
- Une ligne, un prénom : la corvée qui vous prend le plus de temps, et la personne qui pourrait la porter.
- Un montant : disons 500 €. En dessous, elle décide. Au-dessus, elle vous appelle.
- La phrase : « si tu te trompes, je couvre », écrite, signée par vous deux, affichée.
- La machine : si la corvée est une relance ou un tri, une machine la fait la nuit. Après la permission, jamais avant.
- Le vendredi : 20 minutes, 5 questions, dont « l'erreur de la semaine ». S'il n'y en a pas, personne n'a décidé.
C'est ce que la série filme pendant 5 jours, puis 90. Si vous faites tout vous-même et que vous en êtes fatigué, vous pouvez candidater.
L'erreur que vous allez devoir laisser passer
Elle arrivera. Quelqu'un décidera, et ce sera moins bien que vous. Disons une remise de 300 € accordée à tort. Ce que vous ferez à ce moment-là décide de tout. Si vous reprenez la main, vous repartez pour 5 ans à tout faire. Si vous dites « c'est couvert, on en parle vendredi », vous venez de créer une équipe. Nous l'expliquons dans le droit à l'erreur dans une petite entreprise. Et si vous pensez encore que c'est plus rapide si vous le faites vous-même, calculez sur 90 jours.
Ce soir : une tâche que vous ne ferez pas demain
Choisissez-en une. Pas la plus importante : la plus répétitive. Écrivez le prénom, le montant, la phrase. Demain matin, vous la donnez, signée. Et demain soir, vous ne la faites pas, même si elle n'est pas faite comme vous l'auriez faite. C'est le premier soir depuis longtemps où vous ne faites pas tout vous-même.
