Salon de coiffure et trésorerie : pourquoi la fin de mois fait peur
Les fauteuils sont occupés, l'agenda est plein deux semaines à l'avance, et vous regardez quand même le compte le 25 en retenant votre souffle. Vous coiffez, vous commandez les produits, vous faites les plannings, vous gérez les absences et la banque. « Salon de coiffure trésorerie » : voici comment comprendre le creux, le mesurer, et confier au salon ce qui ne devrait plus passer par vous, sans décevoir une seule cliente.
Un salon plein, un compte vide
Un salon de coiffure encaisse au comptant. Il ne devrait pas avoir de problème de trésorerie. Et pourtant : le loyer tombe le 1er, les produits sont livrés et facturés à 30 jours, les salaires le 28, les cotisations à date fixe, et les encaissements, eux, suivent le rythme des rendez-vous. Une semaine de vacances scolaires, une grippe dans l'équipe, deux coiffeuses absentes, et le creux arrive. Le problème n'est pas que l'argent manque. C'est qu'il n'arrive pas quand il faut, et que personne ne le voit venir.
Personne, parce que la seule personne qui pourrait regarder la trésorerie est au bac en train de rincer une couleur.
Les 3 signes à vérifier
- La paie du 28 est payée avec les encaissements du 15 : vous attendez la dernière semaine pour savoir si les salaires passent.
- Plus de 20 000 € dehors depuis plus de 2 mois : rare dans un salon, sauf si vous travaillez avec des maisons de retraite, des productions, des hôtels qui paient « à la facture ».
- Malade une semaine : qui fait la commande de produits, qui répond au fournisseur, qui tranche quand deux coiffeuses veulent le même samedi ?
Le troisième signe est presque toujours coché dans un salon. Tout passe par vous, pas parce que l'équipe est incapable, mais parce que personne n'a jamais eu le droit.
5 jours, entre deux rendez-vous
J1 : la liste, dans le salon, sans vous
Un lundi matin, l'équipe réunie. Vous sortez prendre un café. Question au miroir : « Qu'est-ce qui attend que la patronne valide ? » Disons 23 lignes : la commande de couleur, les plannings, les remises, le geste pour une cliente mécontente, le choix du nouveau produit, les horaires du samedi, la réponse aux avis. Votre compteur.
J2 : l'argent, en 20 minutes
La trésorerie à 13 semaines, une ligne par semaine : ce qui rentre (le rythme réel des rendez-vous, pas l'espoir), ce qui sort (loyer, produits, salaires, cotisations), le solde. Vous la remplissez le vendredi. Elle vous dit six semaines à l'avance si le 28 passe. Si vous avez des clients professionnels qui paient en différé, le soir même un message par facture de plus de 30 jours, puis J+5, puis J+15.
J3 : la feuille d'1 page
Tâche, prénom, montant maximum. La commande de produits : un prénom, jusqu'à disons 800 € par mois. Les remises et gestes clientes : un prénom, un montant par semaine. Le planning : un prénom. « Si tu te trompes, je couvre. » 2 signatures. Affichée dans la réserve, pas dans un tiroir.
Des machines qui ne touchent pas aux ciseaux
J4, vous équipez les corvées : une machine qui relance les rares factures professionnelles la nuit, une qui trie les mails et les demandes de rendez-vous hors horaires, une qui prépare la réponse aux avis, une qui tient la trésorerie à 13 semaines. Jamais une machine avant une permission. J5, vous éteignez le téléphone 2 heures, un samedi, devant l'équipe. Et vous coiffez, seulement. Ce qui vous est remonté pendant ces 2 heures est la prochaine ligne de la feuille.
C'est ce que la série Remplaçables filme pendant 5 jours, puis 90, dans des entreprises de 5 à 30 personnes. L'entreprise peut échouer et on le montre. Vous pouvez candidater. Un institut de beauté en difficulté ou un commerce de proximité qui veut éviter la fermeture vivent la même semaine.
Si le creux est devenu un trou
Quand le loyer prend du retard, quand les cotisations ne sont plus réglées à la date, quand vous avez puisé dans votre épargne personnelle deux mois d'affilée : il existe des dispositifs pour échelonner ou se protéger pendant qu'on se réorganise. Ce sont des mots généraux. C'est un professionnel (expert-comptable, avocat, mandataire) qui vous dira ce qui s'applique à votre cas. La question se pose pendant que l'agenda est plein.
Ce soir, après la dernière cliente
Prenez une feuille. Écrivez le prénom de la coiffeuse qui passerait la commande de produits si vous n'étiez pas là lundi. Écrivez un montant maximum à côté. Demain, montrez-lui et dites la phrase. Vous venez d'enlever une ligne de votre compteur, et vous n'avez fermé le salon à personne.
