Solitude du chef d'entreprise : pourquoi personne ne peut vous parler
Vous êtes entouré toute la journée, et vous êtes seul. L'équipe ne peut pas tout entendre, vous êtes celui qui paie. Votre conjoint en a déjà assez entendu. Vos amis ne comprennent pas. La solitude du chef d'entreprise n'est pas une faiblesse : c'est le résultat d'une structure où une seule personne décide de tout. Cet article explique pourquoi elle se crée, et pourquoi elle se répare par l'organisation avant la parole.
Seul au milieu de tout le monde
Il y a 9 personnes dans le local. Vous leur parlez toute la journée. Et personne ne sait que la paie du 28 va être serrée, que le gros client a appelé pour menacer de partir, que vous n'avez pas dormi. Vous ne pouvez pas le dire : vous êtes celui qui les paie, et la peur, c'est vous qui la portez pour eux.
Le soir, vous rentrez. Votre conjoint a entendu cent fois les mêmes soucis. Vos amis salariés vous envient d'être « votre propre patron ». Alors vous vous taisez. Et vous décidez seul, à 23 heures, des choses que personne n'a validées.
La solitude n'est pas un sentiment, c'est une structure
On traite la solitude du fondateur comme un état d'âme : il faudrait en parler, rejoindre un groupe, voir du monde. Tout cela aide. Mais la cause n'est pas là. La cause, c'est que dans votre entreprise, vous êtes la seule personne qui a le droit de décider. Donc la seule qui porte les conséquences. Donc la seule qui a peur.
Quand une seule personne décide, elle est seule par construction. Quand 4 personnes ont le droit écrit de décider dans leur périmètre, la peur se partage. Ce n'est pas de la psychologie. C'est de l'organisation.
3 moments où la solitude se voit
Le vendredi soir, devant le compte en banque
Vous regardez si la paie passera. Personne d'autre ne regarde. Si quelqu'un d'autre dans l'équipe suivait la trésorerie à 13 semaines avec vous, vous ne seriez plus seul devant le chiffre. Vous seriez deux.
La décision à 23 heures
Vous tranchez seul, tard, fatigué. Accorder une remise, refuser une commande, repousser un fournisseur. Personne ne le saura avant demain. Nous en parlons dans les décisions prises à 23 h.
L'erreur qu'on ne peut avouer
Vous vous êtes trompé sur un devis, disons 2 000 € de perte. Vous ne le dites à personne. Dans une entreprise où le droit à l'erreur est écrit pour tous, le fondateur peut aussi l'avoir. Dans la vôtre, personne ne l'a, donc vous non plus.
Casser la solitude par l'organisation
- La liste faite sans vous : l'équipe écrit ce qui attend votre validation. Pour la première fois, ils voient ce que vous portez. La solitude baisse déjà là.
- La feuille affichée : un prénom, un montant, « si tu te trompes, je couvre ». Chaque ligne rendue, c'est une décision que vous ne prenez plus seul.
- Le vendredi à 5 questions : 20 minutes, avec l'équipe : la paie du 28, le compteur, l'erreur de la semaine, la reprise, la ligne suivante. La paie du 28 n'est plus votre secret. C'est un chiffre sur la table.
C'est ce que la série Remplaçables filme pendant 5 jours, puis 90 : un fondateur seul au premier jour, et une équipe qui, peu à peu, porte avec lui. Ou pas, et on le montre. Vous pouvez candidater.
Et la parole, quand même
L'organisation enlève la cause. Elle n'enlève pas le besoin de parler. Un médecin, un psychologue, un autre fondateur qui sait ce que c'est : parlez. Mais parlez en même temps que vous changez la structure, pas à la place. Sinon vous parlez chaque semaine de la même pièce fermée. Lisez aussi ce qu'il y a derrière l'angoisse du dimanche soir, qui est la forme la plus courante de cette solitude.
Ce soir : un chiffre que vous n'avez jamais dit
Choisissez une personne de votre équipe, celle en qui vous avez le plus confiance. Demain matin, vous lui dites un chiffre que vous portez seul depuis des mois : ce qu'on vous doit, ce qui reste en banque le 28, le nombre de choses qui passent par vous. Un seul chiffre. Vous verrez : ce n'est pas elle qui va avoir peur. C'est vous qui allez respirer.
