Entreprise au bord de la faillite : les 30 prochains jours, dans l'ordre
Votre entreprise est au bord de la faillite. Pas « va mal » : au bord. La paie du 28 n'est pas sûre, les fournisseurs appellent, la banque a réduit le découvert, et vous ne savez pas si vous passez le mois. Cet article ne vous dira pas que ça va aller. Il donne les 30 prochains jours dans l'ordre : ce qu'il faut sortir, qui il faut voir, et les erreurs qui ferment des options. Il ne remplace pas un professionnel. Il vous y amène plus tôt.
Au bord, l'ordre compte plus que l'effort
Quand une entreprise de 5 à 30 personnes est au bord, la personne qui la porte fait tout en même temps : négocie, relance, rassure, cherche un client, travaille la nuit. L'effort est total. L'ordre est absent. Et c'est l'ordre qui fait la différence entre une entreprise qui se redresse, une qui s'arrête proprement, et une qui s'arrête mal.
Voici 30 jours, en 4 semaines. Chaque semaine, 2 ou 3 choses. Pas plus.
Semaine 1 : les chiffres et les relances
- Jour 1 : le tableau à 13 semaines. Ce qui sort, ce qui entre de façon certaine, le solde cumulé. La semaine où le solde passe sous le découvert autorisé est votre date. Comment le construire ce soir.
- Jour 1, le soir : la balance âgée, et un mail de relance à tout ce qui dépasse 30 jours. Rappel à J+5 et J+15. Disons 51 000 € dehors : c'est la seule source d'argent qui ne dépend de personne d'autre que de vos clients.
- Jour 2 : la liste des dettes, par créancier, avec les dates. Fournisseurs, organismes sociaux, impôts, banque, loyer. Séparées, parce qu'elles ne suivent pas les mêmes règles.
- Jour 3 : l'équipe réunie 20 minutes sans vous : « qu'est-ce qui attend qu'il valide ? » Vous n'avez pas le temps de porter 25 lignes cette semaine. Donnez-en 3, par écrit, avec un prénom et « si tu te trompes, je couvre ».
Semaine 2 : les personnes
L'expert-comptable
Avec le tableau et les listes. Pas pour un bilan : pour une lecture. Qu'est-ce qu'il voit, quelles échéances sont négociables, quels dispositifs existent.
L'avocat ou le mandataire
C'est la semaine où il faut le voir, pas la semaine 4. Il existe des procédures de prévention qui ne sont possibles qu'avant la cessation des paiements, et des procédures collectives ensuite, avec des règles, des délais et des conséquences très différentes. C'est un professionnel qui vous dira ce qui s'applique à votre cas, et plus tôt il le voit, plus il y a d'options.
Les fournisseurs essentiels
Ceux sans qui vous ne produisez pas la semaine prochaine. Vous les appelez avant qu'ils appellent, avec une date et un montant que vous tiendrez. Les mots qui tiennent au téléphone.
Semaines 3 et 4 : la banque, l'équipe, la décision
La banque, avec le tableau mis à jour et les relances parties. Une proposition précise, une date de point suivant. Elle peut dire non. Dans ce cas, le tableau sert à décider avec les professionnels de la semaine 2.
L'équipe, honnêtement. Pas tout, mais le vrai. « La situation est difficile. Voilà ce qu'on fait. Voilà ce que je ne sais pas encore. » Une équipe qui apprend la vérité en semaine 3 reste. Une équipe qui la découvre le 29 au distributeur part, et elle a raison.
Semaine 4 : le tableau refait, les relances rentrées ou pas, les avis des professionnels. Vous décidez : poursuivre avec un plan, entrer dans une procédure de prévention ou de sauvegarde, ou arrêter proprement. Les trois sont des décisions. Aucune n'est un échec moral. La méthode pour trancher.
C'est à ce stade exact que certaines entreprises candidatent à la série Remplaçables, qui filme pendant 5 jours, puis 90, une entreprise au bord, un compteur, et ce qui bouge ou pas. Elle peut échouer : c'est dans les règles, et on le montre. Vous pouvez candidater.
Les erreurs qui ferment des options
Reporter les charges sociales ou la TVA « juste ce mois-ci » : ça change la nature du dossier, et un professionnel doit le voir avant. Payer un créancier en priorité sous la pression, au détriment d'autres : il y a des règles, et les ignorer peut avoir des conséquences personnelles. Signer un gros devis à perte pour « faire du cash ». Et attendre la semaine 4 pour voir l'avocat : les options de la semaine 2 ne sont plus là.
Ce soir, le jour 1
Pas les 30 jours. Le premier. Une feuille, 13 colonnes, 3 lignes. La date. Puis le mail de relance à tout ce qui dépasse 30 jours, facture jointe.
Demain, la liste des dettes, séparées. Après-demain, l'équipe. Vous n'aurez pas sauvé l'entreprise en 3 jours. Vous aurez un tableau, des relances parties et 3 lignes données. C'est ce que les professionnels de la semaine 2 vous demanderont en premier, et c'est ce que presque personne n'apporte.
