Entreprise en difficulté : par où commencer quand tout va mal à la fois ?
Les cotisations sont en retard, la banque a écrit, deux fournisseurs ne livrent plus, et vos clients vous doivent plus que ce que vous avez en banque. Tout arrive en même temps, et vous ne savez pas quoi faire en premier. Cet article propose un ordre. Pas une solution, un ordre : ce qu'on regarde d'abord, qui on appelle ensuite, ce qu'on confie à l'équipe. Pour ce qui s'applique à votre situation, les professionnels prendront le relais.
Pourquoi l'ordre compte plus que la vitesse
Quand tout va mal, le fondateur fait ce qui crie le plus fort : il paie le fournisseur qui menace, il rappelle la banque en s'excusant, il promet à l'équipe. Il agit beaucoup et n'avance pas. L'ordre proposé ici est celui que suivent, à peu près, les professionnels qui accompagnent les entreprises en difficulté : d'abord voir clair, ensuite parler, enfin décider.
Rappel avant de commencer : pour tout ce qui touche aux dettes, aux procédures, aux engagements, c'est un professionnel (avocat, expert-comptable, mandataire) qui vous dira ce qui s'applique à votre cas.
Étape 1 : voir clair, en 2 soirées
Ce que vous devez, daté
Toutes les dettes exigibles aujourd'hui : fournisseurs, cotisations, impôts, loyer, échéances. Par créancier, avec le montant. Disons 92 000 € en 14 lignes.
Ce qu'on vous doit, daté
La balance âgée clients. Qui, combien, depuis quand, dernière relance. Disons 47 000 €, dont 3 clients qui font 70 %.
Ce qui va se passer, semaine par semaine
Une trésorerie à 13 semaines. Entrées certaines, sorties certaines, solde. Vous verrez la semaine où ça casse. C'est votre horizon réel.
Étape 2 : parler, dans cet ordre
- L'expert-comptable, avec les trois documents. Question unique : « Est-ce qu'on est en cessation de paiements, ou pas loin ? » Lisez ce qu'il peut faire pour vous.
- Un avocat, si l'expert-comptable le suggère ou si vous avez un doute. Une heure. Il vous dira ce que la loi impose et quelles procédures existent, amiables ou non.
- L'équipe, le vendredi. La vérité datée, sans promesse : « Voilà où on en est, voilà qui m'aide, voilà quand je vous redis. »
- La banque, avec la trésorerie à 13 semaines et la balance âgée. Pas avant d'avoir les documents. Lisez comment lui parler.
- Les créanciers, un par un, avec une proposition tenable, après avoir vérifié avec les professionnels que vous pouvez la faire.
Étape 3 : faire rentrer l'argent, sans attendre les réponses
Pendant que les professionnels examinent, l'entreprise doit encaisser. L'argent le plus proche est celui des clients en retard. Ce soir, les 5 plus gros : un mail. Demain, un appel. Puis J+5, puis J+15. Et surtout, donnez le droit de relancer à quelqu'un d'autre que vous, avec un texte simple et une règle écrite : « si tu te trompes, je couvre ». Vous n'aurez pas le temps de le faire vous-même, les semaines à venir seront prises par les rendez-vous.
C'est ce que la série Remplaçables filme pendant 5 jours, puis 90 : J1 la liste de ce qui attend le fondateur, J2 l'argent, J3 la feuille A4 affichée, J4 des machines sur les corvées, jamais avant une permission, J5 le fondateur éteint son téléphone 2 heures devant l'équipe. L'entreprise peut échouer et on le montre. Vous pouvez candidater.
Ce qu'on ne fait pas, en attendant
Les gestes à éviter
- Payer un créancier plutôt qu'un autre sur un coup de peur, sans avis.
- Signer une nouvelle caution personnelle pour un crédit de dernière minute.
- Vendre du matériel pour tenir un mois.
- Se taire : avec la banque, avec l'équipe, avec le comptable.
- Décider seul un soir ce qu'on ne pourra pas défaire.
Si vous n'avez pas d'argent pour un conseil
Il existe des portes sans frais : les dispositifs de prévention des tribunaux de commerce, les services des chambres consulaires, certains premiers rendez-vous de professionnels. Nous les décrivons dans cet article sur l'accompagnement gratuit. Y aller avec les trois documents de l'étape 1 change tout.
Ce soir : la première colonne
Pas les trois documents. Juste le premier : ce que vous devez, daté, par créancier. Une heure. Vous aurez un chiffre, et il vous fera peur. Mais ce sera votre chiffre, et non plus une angoisse diffuse. Demain, la balance âgée. Après-demain, la trésorerie à 13 semaines. Et le rendez-vous avec l'expert-comptable, pris ce soir pour la fin de semaine.
