Redressement judiciaire, sauvegarde, conciliation : avant d'y aller, posez-vous 3 questions
Je ne suis ni avocat ni mandataire : les procédures collectives sont des outils sérieux, parfois indispensables, et c'est un professionnel du droit qui vous dira laquelle convient. Ce que je sais, pour être entré dans des entreprises à 40 jours de trésorerie, c'est ce qui se passe souvent avant, et qui n'a rien à voir avec le tribunal.
Ce que ces mots veulent dire, en une ligne chacun
- La conciliation est confidentielle : un conciliateur nommé par le tribunal vous aide à négocier avec vos créanciers, avant que ce soit trop tard.
- La sauvegarde s'ouvre quand l'entreprise n'est pas encore en cessation de paiements mais rencontre des difficultés qu'elle ne peut pas surmonter seule.
- Le redressement judiciaire s'ouvre quand l'entreprise est en cessation de paiements, pour tenter de poursuivre l'activité et d'apurer le passif.
Ces outils existent pour une raison : protéger l'activité et les emplois. Les ignorer trop longtemps est une erreur classique. Mais avant d'y entrer, et parfois pour y entrer dans de meilleures conditions, il y a 3 questions que personne ne pose.
Question 1 : combien d'argent dort chez vos clients ?
Dans une boîte de 6 à 15 personnes en difficulté, il y a presque toujours des dizaines de milliers d'euros de factures de plus de 2 mois que personne n'a relancées. Avant de parler de passif, parlez d'actif : votre balance âgée. Relancer les 5 plus gros montants ce soir ne remplace pas une procédure. Mais une entreprise qui arrive devant un conciliateur avec 30 000 € rentrés en 10 jours n'arrive pas dans le même état.
Question 2 : qu'est-ce qui s'arrête si vous vous arrêtez ?
Écrivez-le. Les devis, les relances, le planning, les commandes, le client mécontent. Disons 23 lignes. Une procédure, quelle qu'elle soit, demande du temps au fondateur : rendez-vous, documents, audiences. Si 23 lignes passent par vous, ce temps n'existe pas, et l'entreprise se dégrade pendant qu'on essaie de la sauver. Donner, par écrit, le droit de décider à quelqu'un de l'équipe sur 2 ou 3 de ces lignes n'est pas un luxe. C'est ce qui vous rend disponible pour la seule chose qu'on ne peut pas faire à votre place.
Question 3 : votre équipe sait-elle ?
Elle sait. Elle voit la balance âgée, elle vous voit blêmir le 24, elle entend « il faut que je lui demande » 10 fois par jour. Ce qu'elle n'a pas, c'est le droit d'agir. Une équipe qui reçoit, le même jour, la vérité sur les chiffres et une permission écrite de décider ne se démobilise pas. C'est l'inverse qui la démobilise : le silence, puis la nouvelle d'un coup.
Les 3 décisions qui restent à vous
Ouvrir une procédure. Signer un emprunt. Fermer. Ces décisions-là ne sont jamais sur une feuille, jamais dans une machine, jamais pour l'équipe. Elles sont à vous, et le but de tout ce qui précède, c'est que vous ayez enfin le temps de les prendre : le mardi matin, avec les chiffres de 13 semaines sur la table. Pas à 23 heures, fatigué, seul.
Si vous lisez cet article parce que votre expert-comptable a prononcé un de ces mots cette semaine, faites deux choses ce soir : sortez la balance âgée, et écrivez votre liste. Puis, si vous voulez qu'on vienne, candidatez. À lire aussi : ce qui se passe vraiment avant une faillite.
