Reprendre une entreprise artisanale qui va mal : que voir avant de signer
Vous allez reprendre une entreprise artisanale. Elle va mal, vous le savez, c'est pour ça qu'elle est à vendre, et pas cher. Le cédant a 30 ans de métier, disons 8 personnes, un carnet de clients, et tout dans sa tête. Vous vous demandez ce que vous achetez vraiment. Cet article décrit ce qu'il faut regarder avant de signer, et ce que les 5 premiers jours après la reprise peuvent changer, si vous les utilisez pour ça et pas pour autre chose.
Ce que vous achetez vraiment
Dans une entreprise artisanale, vous n'achetez pas des machines ni un local. Vous achetez une équipe qui sait faire, des clients qui rappellent, et une façon de décider. Si cette façon de décider est entièrement dans la tête du cédant, elle part avec lui. Et vous découvrez le lundi suivant que personne ne sait chiffrer, que personne ne sait quel fournisseur appeler, que le compagnon le plus ancien attend que vous décidiez, comme il attendait de l'autre.
Pour tout ce qui concerne la valeur, les dettes reprises, les contrats, les garanties, c'est un professionnel (avocat, expert-comptable) qui vous dira ce qui s'applique à votre cas. Cet article regarde autre chose : ce qui fera que l'entreprise tourne, ou pas, le lundi d'après.
Les 3 signes, à poser au cédant
- La paie du 28, elle est payée avec quel argent ? Si la réponse est « avec le virement qu'on attend », vous reprenez une trésorerie qui tient par un fil.
- Combien dehors depuis plus de 2 mois ? Si c'est plus de 20 000 €, c'est peut-être une bonne nouvelle : de l'argent à récupérer. Ou une mauvaise : des clients qui ne paieront jamais. La balance âgée vous le dira, ligne par ligne.
- Quand il a été malade une semaine, qui a fait les devis ? Si la réponse est « personne, on a attendu », tout le chiffrage est dans sa tête. C'est ce que vous devez récupérer avant qu'il parte.
Si l'entreprise coche les 3, elle est dans le profil que la série Remplaçables filme pendant 5 jours, puis 90. Elle peut être reprise. Mais pas en continuant comme avant.
Les 5 jours, version reprise
J1 : la liste, avec le cédant dehors
L'équipe se réunit sans le cédant et sans vous. « Qu'est-ce qui attendait qu'il valide ? » La liste est votre carte. Disons 23 lignes. C'est tout ce que le cédant décidait seul. C'est tout ce que vous allez devoir décider seul, lundi, si vous ne faites rien. C'est le compteur. Et il est à vous maintenant.
J2 : l'argent
Balance âgée. Chaque ligne relancée le soir même, J+5, J+15, par une personne de l'équipe avec son prénom. Une phrase, un montant, une date. Les clients ne connaissent pas encore votre nom ; ils connaissent celui de l'entreprise. La méthode est détaillée ici.
J3 : la feuille, avant que le cédant parte
C'est le jour le plus important d'une reprise. 1 page A4. Pour chaque ligne de la liste, un prénom de l'équipe, un montant maximum, « si tu te trompes, je couvre », 2 signatures. Et à côté, la grille de prix : les 5 ou 6 ouvrages les plus fréquents, chiffrés avec le cédant, pendant qu'il est encore là. Vous ne récupérez pas 30 ans de métier en une journée. Vous récupérez la grille, et vous donnez le droit à l'équipe de l'utiliser. Le reste viendra chaque vendredi.
Ne pas remplacer une tête par une autre
Le risque d'une reprise est simple : le cédant décidait tout, vous décidez tout. L'équipe a changé de « patron », pas de façon de travailler. Dans 6 mois, le compteur est à 23, à votre nom. Le 4e jour, les machines prennent les corvées que le cédant faisait le soir : relances la nuit, tri des mails, brouillons de devis, trésorerie à 13 semaines. Jamais une machine avant une permission. Et le 5e jour, vous éteignez votre téléphone 2 heures devant l'équipe. Dès la première semaine. Pour que l'équipe voie que ce repreneur-là lâche.
Ce que vous gardez : 7 lignes. Les prix (la grille), les 3 plus gros clients (à rencontrer vous-même, vite), embaucher et se séparer, signer au-dessus d'un seuil, la trésorerie à 13 semaines, le cap à 1 an, le dernier recours. L'article sur le fondateur du bâtiment débordé décrit ce qui arrive quand on garde tout le reste.
Les 90 jours d'une reprise
Chaque vendredi, 20 minutes, 5 questions : la paie du 28, le compteur, l'erreur de la semaine, la reprise (ce que vous avez repris sans le dire : c'est le piège du repreneur), la ligne suivante. Vers J30, 48 heures sans vous. Vers J60, 7 jours ; ça casse presque toujours le 5e jour. J90, le compteur publié. Si c'est disons 7, vous avez repris une entreprise. Si c'est 23, vous avez repris un poste. C'est ce que la série Remplaçables filme pendant 5 jours, puis 90 ; l'entreprise peut échouer et on le montre. Vous pouvez candidater, avant ou après la signature.
Ce soir : la question au cédant
Un seul geste. Appelez le cédant, ou notez pour la prochaine visite, une question : « quand vous avez été absent une semaine, qui a fait les devis ? » Écoutez la réponse jusqu'au bout. Elle vous dit ce que vous achetez. Demain, demandez la balance âgée.
