Automatiser sans licencier : faire le travail de 12 avec 9 personnes
Vous avez 9 personnes et le travail de 12. Vous ne pouvez pas embaucher, la trésorerie ne suit pas. Et quand on vous parle d'automatiser, vous entendez « licencier ». Ce n'est pas ça. Automatiser sans licencier, dans une boîte qui va mal, c'est la seule façon d'absorber le travail de 12 avec les 9 que vous avez, sans perdre une seule personne. Voici comment ça se tient.
Le malentendu de départ
Dans les grandes entreprises, automatiser veut dire réduire les effectifs. On remplace 100 personnes par une machine et 60 personnes. Dans une boîte de 9, ce calcul n'existe pas. Vous n'avez pas 100 personnes à réduire. Vous avez 9 personnes qui font le travail de 12, et la treizième, c'est vous, le soir.
Chez vous, la machine ne remplace personne. Elle remplace les soirées. Elle prend les corvées qui s'ajoutent au métier de chacun : la relance que fait la personne du bureau entre deux appels, le devis que vous tapez à 22 h, le dossier du comptable que tout le monde repousse. Pour les détails du mécanisme, lisez robot ou salarié, la mauvaise question.
D'où viennent les 3 personnes qui manquent
Quand une boîte de 9 fait le travail de 12, les 3 manquantes sont réparties partout. Chacun porte un tiers de personne en plus. Ce tiers, ce n'est presque jamais du métier. C'est du bureau :
- le chef d'équipe qui refait le planning chaque soir à la main ;
- la personne du bureau qui relance les factures entre deux livraisons ;
- vous, qui faites les devis la nuit et rassemblez les pièces pour l'URSSAF le dimanche ;
- le technicien qui cherche une référence fournisseur dans 40 mails.
Additionnez ces tiers. Vous obtenez à peu près les 3 personnes manquantes. Et ce sont précisément des corvées : des tâches sans décision, répétées, que la machine fait la nuit.
Comment ça se passe, personne par personne
La personne du bureau
Elle avait peur. Elle a entendu « automatisation » et pensé « on va se passer de moi ». Ce qui se passe réellement : les relances J+5 et J+15 partent sans elle. Le tri des mails est fait quand elle arrive. Elle gagne du temps, et la feuille du J3 lui donne un droit qu'elle n'avait pas : répondre aux clients sur les délais, jusqu'à un montant écrit. Elle fait moins de corvées et plus de décisions. La peur est traitée dans la peur d'être remplacé par une machine.
Le chef d'équipe
La machine propose un planning chaque soir. Il le corrige en 10 minutes au lieu de le construire en 1 heure. Il récupère du temps sur le chantier, là où il sert.
Vous
Vous perdez les brouillons de devis, les relances, les mails, le dossier du comptable. Vous gardez 7 lignes : les prix, les 3 plus gros clients, embaucher et se séparer, signer au-dessus d'un seuil, la trésorerie à 13 semaines, le cap à 1 an, le dernier recours.
La condition : la permission d'abord
Sans la feuille du J3, l'automatisation ne fait que déplacer le goulot. La machine relance, le client rappelle, « il faut que je lui demande au patron ». Vous avez gagné un envoi et perdu un appel. La méthode NOHELM est stricte : nommer, chiffrer, donner le droit, équiper, lâcher, mesurer. Équiper vient en quatrième. Jamais une machine avant une permission.
C'est ce que la série Remplaçables filme pendant 5 jours, puis 90 : une équipe qui garde tout son monde et perd ses soirées. Rien n'est rejoué, l'entreprise peut échouer, on le montre. Vous pouvez candidater.
Ce que ça ne garantit pas
Aucune promesse ici. Une machine ne sauve pas une boîte dont les prix sont faux ou dont le marché a disparu. Elle rend des heures. Ce que vous en faites, c'est votre affaire. Et si l'entreprise doit un jour se séparer de quelqu'un, c'est une décision humaine, encadrée par le droit : c'est un professionnel (avocat, expert-comptable) qui vous dira ce qui s'applique à votre cas, pas une machine, pas cet article.
Ce soir : le tiers de chacun
Prenez la liste de vos 9 personnes. En face de chaque prénom, écrivez la corvée de bureau qu'elle fait en plus de son métier. Une seule par personne, la plus lourde. Vous obtenez 9 corvées. Ce sont les 3 personnes qui manquent. Demain, vous en choisissez une, et vous écrivez d'abord le prénom de celui qui aura le droit de décider quand la machine aura fini.
