Peur d'être remplacé par une machine : ce que vit la personne du bureau
Elle a entendu le mot « automatisation » en réunion. Elle n'a rien dit. Le soir, elle a cherché sur son téléphone si son poste allait disparaître. La peur d'être remplacé par une machine, pour la personne du bureau d'une boîte de 10, n'est pas irrationnelle : elle sait que les relances et le tri des mails, c'est la moitié de sa journée. Cet article s'adresse au fondateur, et dit ce qui se passe vraiment, et ce qu'il faut faire.
D'où vient la peur, et pourquoi elle a raison d'avoir peur
Elle fait les relances. Elle trie les mails. Elle rassemble le dossier du comptable. Elle recopie les devis. Et on lui annonce qu'une machine va faire les relances, trier les mails, rassembler le dossier et préparer les devis. Elle fait l'addition. Elle a raison de la faire.
Ce qu'elle ne voit pas, parce que personne ne le lui a dit, c'est l'autre moitié de sa journée : le client en colère qu'elle a calmé, le fournisseur qu'elle a fait livrer à temps, le dossier qui fâche qu'elle a retenu parce que vous étiez de mauvaise humeur. Cette moitié-là, aucune machine ne la fait. Mais cette moitié-là n'a jamais été écrite nulle part. Elle la fait sans droit. Donc elle ne compte pas.
Le silence du fondateur, pire que la machine
Le plus souvent, le fondateur ne dit rien parce qu'il n'a pas décidé. Il n'a pas l'intention de se séparer d'elle, mais il n'a pas non plus réfléchi à ce qu'elle ferait de ses heures. Ce silence, elle le lit comme une réponse. Et la porte claque, ou pire, elle reste et ne décide plus rien du tout.
Vous n'avez pas besoin d'avoir toutes les réponses. Vous avez besoin d'une feuille et d'une conversation. Pour ce qu'il faut dire, lisez l'automatisation va-t-elle remplacer ma secrétaire.
Ce qui se passe vraiment quand c'est fait dans l'ordre
Avant la machine : la feuille
Une page A4 : la tâche, son prénom, le montant max, « si tu te trompes, je couvre », 2 signatures, affichée. Disons : « Délais de paiement jusqu'à 15 jours et 2 000 €. Confirmation des commandes fournisseurs jusqu'à 1 500 €. Réponses clients sur les plannings jusqu'à 3 jours de décalage. » Trois droits qu'elle n'avait pas. Trois décisions qui passaient par vous.
Après la machine : le temps
Les relances partent la nuit. Les mails sont triés à son arrivée. Le dossier du comptable se remplit tout seul. Elle a gagné, disons, 2 heures par jour. Ces 2 heures vont dans les trois droits de la feuille. Elle décide. Le compteur descend. Elle vaut plus qu'avant, et elle le sait, parce que c'est écrit et signé.
Chaque vendredi : l'erreur
20 minutes, 5 questions, dont « l'erreur de la semaine ». Elle a accordé un délai à un client qui n'aurait pas dû l'avoir. On le nomme. Vous couvrez. On corrige la règle. Elle n'a pas peur de la prochaine décision, parce que la première erreur n'a rien coûté à personne d'autre que vous.
Ce que la peur fait à l'automatisation elle-même
Une personne qui a peur ne relit pas le brouillon de devis : elle le laisse passer, pour prouver que la machine se trompe. Elle ne corrige pas le tri des mails : elle recommence tout à la main, pour prouver qu'on a besoin d'elle. Elle n'appelle pas le client qui a reçu le J+15 : elle attend que vous le fassiez. La peur sabote la machine, pas par malice, par instinct de survie.
- Sans la feuille : la machine fait la corvée, la personne a peur, la décision remonte, le compteur ne bouge pas.
- Avec la feuille : la machine fait la corvée, la personne décide, la décision reste en bas, le compteur descend.
C'est pour ça que la règle jamais une machine avant une permission n'est pas une politesse. C'est la condition pour que la machine serve à quelque chose.
C'est ce que la série Remplaçables filme pendant 5 jours, puis 90 : le J1 où l'équipe liste ce qui attend sans le fondateur, le J3 où la feuille s'écrit, et le J90 où on regarde ce que la personne du bureau décide seule. Un salarié peut candidater pour son entreprise, anonymement.
Si vous pensez vraiment à vous séparer d'elle
Alors dites-le, et ne mettez pas la machine comme prétexte. Embaucher et se séparer est l'une des 7 lignes que le fondateur garde. C'est une décision humaine, encadrée par le droit du travail, et c'est un professionnel (avocat, expert-comptable) qui vous dira ce qui s'applique à votre cas. Rien ici n'est un conseil là-dessus.
Ce soir : la conversation, pas la machine
Demain matin, avant 9 h, vous lui demandez 15 minutes. Vous apportez une feuille vide. Vous dites trois choses : ce que la machine va faire, ce qu'elle va décider à la place, et que si elle se trompe, vous couvrez. Puis vous écoutez. Elle vous dira ce qu'elle veut décider. Ce sera souvent plus que ce que vous aviez prévu. Écrivez-le. Signez tous les deux. La machine attendra la semaine prochaine.
