Combien de décisions passent par moi ? Compter le compteur en TPE
Vous sentez que tout passe par vous, mais vous ne savez pas combien. 10 choses ? 50 ? Sans chiffre, le sentiment reste une plainte. Avec un chiffre, il devient un travail. La méthode retient un seul nombre : le compteur, c'est-à-dire le nombre de lignes qui attendent encore votre oui. Voici comment l'établir honnêtement, ce qui compte comme une ligne, ce qui ne compte pas, et pourquoi il ne faut surtout pas le gonfler ni le réduire.
Un seul chiffre pour toute l'entreprise
Les tableaux de bord de petite entreprise ont un défaut : ils ont 14 colonnes et personne ne les regarde. La méthode garde un seul nombre. Le compteur, c'est le nombre de lignes qui passent encore par le fondateur. Disons 23 au jour 1. L'objectif à 90 jours n'est pas 0. C'est 7, les 7 lignes qu'un fondateur garde pour de bon.
Ce chiffre a une qualité rare : il est compréhensible par tout le monde dans la boîte, de l'apprenti au comptable, en 1 seconde.
D'où viennent les lignes
Elles sortent de la réunion du jour 1, celle qui se tient sans vous et où on pose la question « qu'est-ce qui attend qu'il valide ? ». Si vous ne l'avez pas encore faite, commencez par la question du jour 1. Sans cette réunion, votre compteur sera celui que vous imaginez, pas celui que l'équipe vit.
Ce qui compte comme une ligne
Une tâche récurrente qui s'arrête à votre bureau
Une ligne, c'est une chose qui revient au moins 1 fois par mois et qui ne peut pas se faire sans votre oui. « Signer les devis ». « Valider les congés ». « Choisir le fournisseur de remplacement quand le premier est en rupture ». Si ça n'arrive qu'1 fois par an, ce n'est pas une ligne, c'est un événement.
Une décision, pas une information
« Il me tient au courant des livraisons » n'est pas une ligne. Vous êtes informé, vous ne bloquez rien. « Il attend que je dise quel client livrer en premier » est une ligne. Le test est simple : si vous êtes malade 1 semaine, est-ce que la chose attend ? Si oui, c'est une ligne.
Une ligne par tâche, pas par personne
Si 3 personnes attendent votre oui sur les devis, c'est 1 ligne avec 3 bâtons à côté, pas 3 lignes. Les bâtons serviront plus tard à choisir par quoi commencer.
Les 3 façons de tricher, et pourquoi elles vous coûtent
- Gonfler : compter « répondre au téléphone » comme une ligne pour que le compteur baisse vite. Vous aurez un beau chiffre à J90 et rien n'aura changé.
- Réduire : regrouper « les devis, les prix et les remises » en 1 ligne pour partir de 9 au lieu de 23. Vous ne pourrez pas en rendre une sans rendre les trois.
- Oublier le soir et le week-end : les messages du dimanche sont des lignes aussi. Souvent les plus lourdes.
Compter devant l'équipe, pas dans son coin
Le compteur se compte en public, à la fin de la lecture de la liste, à voix haute : « 23. » Il se recompte chaque vendredi, en 20 minutes, c'est l'une des 5 questions de la réunion du vendredi. Une ligne sort du compteur quand elle a une feuille de permission signée et que la tâche s'est faite au moins 2 fois sans vous. Pas avant.
C'est ce que la série Remplaçables filme pendant 5 jours, puis 90 : un chiffre au jour 1, un chiffre au jour 90, et tout ce qui se passe entre les deux, y compris quand il remonte. Si votre compteur vous fait peur, c'est peut-être le moment de candidater.
Un dernier point : le compteur ne mesure pas votre valeur. Un fondateur à 23 n'est pas un mauvais fondateur, c'est quelqu'un qui a construit la boîte seul et qui n'a jamais eu le temps de la rendre. Le chiffre dit où on est. Pas ce qu'on vaut.
Ce soir, comptez sans la réunion, pour voir
Prenez une feuille. Écrivez tout ce que quelqu'un vous a demandé de valider depuis lundi. Comptez. Puis écrivez à côté le chiffre que vous imaginiez avant de compter. L'écart entre les deux, c'est ce que vous ne voyez plus. Quand l'équipe fera la vraie liste sans vous, l'écart sera encore plus grand. C'est normal, et c'est par là qu'on commence.
