Parler à son banquier quand l'entreprise est en difficulté : comment faire
Vous évitez le banquier depuis trois semaines. Ses appels, ses mails. Vous savez qu'il a vu le compte. Il sait que vous savez. Et chaque jour de silence rend la conversation plus difficile. Cet article explique comment préparer et mener cette discussion : ce qu'il faut apporter, ce qu'il faut dire, ce qu'il ne faut pas promettre. Il ne vous dit pas ce que la banque décidera, personne ne le peut.
Ce que le banquier voit, et ce qu'il ne voit pas
Il voit le solde, les mouvements, le découvert qui s'installe, les rejets éventuels, les échéances de prêt. Il voit les chiffres bruts d'une entreprise qui se tend. Il ne voit pas pourquoi. Il ne voit pas les 40 000 € de factures que vos clients vous doivent, disons. Il ne voit pas la commande signée qui va tomber le mois prochain. Il ne voit pas que vous avez un plan.
Le silence du fondateur, pour un banquier, se lit d'une seule façon : il n'a pas de plan. Parler, même pour dire « c'est difficile », change cette lecture.
Avant le rendez-vous : trois documents, une phrase
La trésorerie à 13 semaines
Semaine par semaine, ce qui rentre, ce qui sort, le solde. Même approximative. C'est le document que tous les banquiers demandent et que presque aucun fondateur en difficulté n'apporte spontanément.
La balance âgée clients
Qui vous doit quoi, depuis quand, avec la date de la dernière relance. Elle prouve que l'argent existe et que vous allez le chercher.
L'état des dettes
Fournisseurs, cotisations, impôts, échéances. Le banquier préfère l'apprendre de vous que le découvrir plus tard.
Et une phrase, préparée, honnête, courte : « Voilà pourquoi on en est là, voilà ce qu'on fait, voilà ce que je vous demande. »
Ce que vous pouvez demander, en termes généraux
Sans préjuger de ce qu'une banque acceptera, les demandes classiques tournent autour de : un maintien ou un ajustement temporaire du découvert, un report ou un rééchelonnement d'échéances de prêt, un délai pour présenter un plan. Nous détaillons la renégociation d'un prêt professionnel dans un article à part.
Ce que la banque regarde : la cohérence entre votre discours et vos chiffres, votre réactivité, et si vous êtes la seule personne capable de faire tourner l'entreprise. Un fondateur qui dit « si je tombe malade, tout s'arrête » inquiète plus qu'un découvert.
Un détail qui compte : venez avec quelqu'un de l'équipe si c'est possible, la personne qui tient les relances ou la facturation. Le banquier verra qu'il y a une entreprise derrière vous, pas seulement une personne.
Ce qu'il ne faut pas faire
- Promettre une rentrée d'argent dont vous n'êtes pas certain. Un virement « sûr » qui ne tombe pas détruit la confiance plus vite que le découvert.
- Minimiser. Le banquier a vu le compte. Il sait.
- Attendre qu'il appelle. L'appel que vous passez vaut mieux que celui que vous recevez.
- Signer un engagement personnel sans avis. Si on vous parle de caution personnelle, prenez le temps de consulter.
Pour tout ce qui engage juridiquement l'entreprise ou vous-même, c'est un professionnel (avocat, expert-comptable, mandataire) qui vous dira ce qui s'applique à votre cas.
Pendant la conversation : parler des gens, pas seulement des chiffres
Le banquier finance une entreprise, pas un tableau. Dites-lui comment la boîte fonctionne : qui relance les clients, qui fait les devis quand vous n'êtes pas là, qui a le droit de décider jusqu'à quel montant. Si la réponse à toutes ces questions est « moi », vous venez de lui décrire son risque principal.
C'est ce que la série Remplaçables filme pendant 5 jours, puis 90 : une feuille A4 affichée avec des prénoms et des montants, un compteur de lignes qui passent encore par le fondateur, et un fondateur qui éteint son téléphone 2 heures devant l'équipe. Des partenaires, dont des banques, financent les 5 jours sans rien choisir ni rien couper. L'entreprise peut échouer et on le montre. Vous pouvez candidater.
Ce soir : le mail que vous repoussez
Trois lignes. « Bonjour, la situation est tendue, j'aimerais vous la présenter avec des chiffres. Êtes-vous disponible cette semaine ? Je viendrai avec une trésorerie à 13 semaines et l'état de nos créances. » Envoyez-le. Puis commencez le tableau. Vous aurez une semaine pour le finir, et une raison de le finir.
