Les messages du dimanche soir à son équipe : pourquoi et comment arrêter
Dimanche, 22 h. Les enfants dorment. Vous ouvrez le téléphone « pour préparer lundi ». Vous envoyez 4 messages : un devis à revoir, un planning à changer, une question sur un client. Vous vous sentez mieux. Lundi à 8 h, 4 personnes ont lu vos messages dans leur lit, et 3 lignes que vous aviez rendues sont revenues à vous sans que personne l'ait décidé. Le dimanche à 22 h est l'heure où la méthode se défait. Voici pourquoi, et la règle simple pour que ça s'arrête.
Pourquoi le dimanche à 22 h, précisément
Parce que c'est le seul moment de la semaine où vous êtes seul avec l'entreprise. Pas de client, pas d'équipe, pas de téléphone qui sonne. Juste vous, et la liste de ce qui vous inquiète. Et l'inquiétude a une sortie facile : un message. Il ne coûte rien à envoyer. Il vous soulage immédiatement. Il ne sera lu que demain, donc vous vous dites qu'il ne dérange pas.
Il dérange. Et surtout, il reprend. « Pour le devis du client X, mets plutôt ce prix » : la ligne des devis vient de revenir à vous. Personne n'a signé de reprise. La feuille est toujours au mur. Mais lundi, la personne qui a la feuille attendra votre message avant d'envoyer le suivant.
Ce que le message fait à l'équipe
- Il dit que vous regardez. Même la nuit. Donc que le droit donné n'est pas vraiment donné.
- Il ouvre la semaine par une correction, pas par une décision prise par eux.
- Il fixe une norme : si le fondateur travaille le dimanche soir, ceux qui ont pris des lignes se sentent obligés de le faire aussi.
- Il fait remonter le compteur sans que personne ne l'écrive. Et vendredi, à la question 4, vous direz « non, je n'ai rien repris ». Vous le croirez.
La règle : rien ne part entre vendredi 17 h et lundi 8 h
Ce qui est autorisé
Écrire. Vous pouvez tout écrire, dans un carnet ou un brouillon. Les 4 messages, écrivez-les. Dimanche soir, c'est votre moment de penser à l'entreprise, personne ne vous l'enlève.
Ce qui est interdit
Envoyer. Le lundi à 8 h, vous relisez les 4 messages. En général, 2 concernent une ligne qui est au mur : vous les effacez, ce n'est plus à vous. 1 est une vraie question : vous la posez à voix haute, à la personne, à 9 h. Le 4e n'avait pas de sens, c'était l'inquiétude qui parlait.
Ce que l'équipe a le droit de faire
Si un message arrive un dimanche à 22 h, la personne qui le reçoit a le droit de ne pas le lire avant lundi 8 h, et de le dire le vendredi, à la question 4 : « Il m'a écrit dimanche sur les devis. » Sans se justifier. C'est écrit dans le cahier. Ça fait mal, et c'est le but. Le mécanisme de la question 4 est dans la réunion du vendredi.
Ce que ça vous fait, à vous
Les 3 premiers dimanches, c'est dur. L'inquiétude n'a plus de sortie. Vous dormez mal. Puis vous découvrez autre chose : le lundi matin, les choses que vous vouliez corriger ont souvent été faites, autrement que vous l'auriez fait, et ça marche. Vous vous rendez compte que les messages du dimanche n'étaient pas pour l'entreprise. Ils étaient pour vous.
C'est ce que la série Remplaçables filme pendant 5 jours, puis 90 : pas le dimanche soir, personne ne filme ça, mais le vendredi où quelqu'un dit « il m'a écrit dimanche » et la tête du fondateur. Si vous vous reconnaissez, vous pouvez candidater.
Si vous travaillez avec votre conjoint ou un associé, la règle vaut aussi entre vous. Le dimanche soir à table n'est pas une réunion, et une décision prise là, sans la personne qui a la feuille, est une reprise comme une autre. Elle se dira vendredi.
Ce dimanche, un carnet sur la table
Posez un carnet à côté du téléphone, dimanche soir. Tout ce que vous voulez envoyer, écrivez-le dedans. N'envoyez rien. Lundi à 8 h, relisez et barrez ce qui est au mur. Comptez ce qui reste. Si vous n'avez pas tenu, écrivez-le dans le carnet aussi, et dites-le vendredi avant qu'on vous le dise. Ce dimanche-là ressemble souvent à la rechute du jour 30, en version courte.
