Organiser mon entreprise : nommer ce qui passe par moi, le 1er geste
Vous voulez organiser votre entreprise. Vous pensez organigramme, fiches de poste, outils. Vous achetez un tableau blanc. Rien ne change, parce que vous avez sauté le premier geste. La méthode a 6 gestes dans l'ordre, et le premier s'appelle nommer : écrire, noir sur blanc, en mots simples, chaque chose qui attend votre oui. Pas la réorganiser. La nommer. Voici pourquoi ça vient avant tout le reste, comment on le fait au jour 1, et ce qui se passe quand on saute cette étape.
Les 6 gestes, et pourquoi l'ordre compte
Nommer, chiffrer, donner le droit, équiper, lâcher, mesurer. Six gestes, dans cet ordre, pas un autre. On ne donne pas le droit sur une chose qu'on n'a pas nommée. On n'équipe pas une tâche dont on n'a pas chiffré le poids. On ne lâche pas sans avoir donné le droit. Chaque geste prépare le suivant, et le premier porte tous les autres.
Nommer est le geste du jour 1. C'est aussi le plus humble : on n'y change rien. On regarde, et on écrit.
Nommer, ça veut dire quoi exactement
Une ligne, une tâche, des mots de tous les jours
« Signer les devis. » « Choisir qui part en livraison. » « Répondre quand un client râle. » « Dire oui aux congés. » Pas « valider le cycle commercial ». Pas « arbitrer les ressources ». Des mots que l'apprenti comprend et que votre comptable comprend. Si la ligne a besoin d'être expliquée, elle est mal nommée.
Ce qui attend, pas ce qui va mal
Nommer n'est pas se plaindre. On ne nomme pas « le manque de communication ». On nomme « les horaires de la semaine attendent qu'il les fasse le dimanche soir ». La question qui fait sortir ces lignes est toujours la même : « qu'est-ce qui attend qu'il valide ? ». Elle est détaillée dans l'article sur la question du jour 1.
Nommé par l'équipe, pas par vous
Vous ne pouvez pas nommer ce que vous ne voyez plus. Un fondateur qui fait la liste seul oublie la moitié des lignes, parce qu'elles lui paraissent naturelles. L'équipe les voit toutes : ce sont ses attentes. D'où la réunion sans vous, décrite dans la réunion du jour 1.
Ce qui se passe quand on saute ce geste
- On réorganise ce qu'on croit être le problème, qui est rarement le problème. Disons qu'on embauche un assistant pour les devis, alors que ce qui bloquait, c'était le choix du transporteur.
- On délègue « en gros » : « occupe-toi du commercial ». Personne ne sait ce que ça contient, donc tout remonte quand même.
- On n'a pas de compteur. Sans lignes nommées, on ne peut pas compter, donc on ne peut pas savoir si ça avance.
- On se dispute sur des impressions. « Tu me demandes tout. » « Non, tu veux tout contrôler. » Une liste de 23 lignes arrête ce genre de phrase.
Nommer, c'est déjà un peu lâcher
Quelque chose se passe quand une ligne est écrite. « Dire oui aux congés » sur une feuille, lu à voix haute devant 9 personnes, ne pèse plus pareil. Tout le monde voit que c'est petit. Vous aussi. La semaine suivante, quand quelqu'un vous demandera 2 jours en novembre, vous penserez à la ligne, et vous aurez un peu honte de la garder. C'est le début.
C'est ce que la série Remplaçables filme pendant 5 jours, puis 90 : le jour 1, les lignes qui sortent, et la tête du fondateur devant la 17e. Si vous ne savez pas combien de lignes vous portez, vous pouvez candidater.
Il y a une dernière raison de nommer avant tout : les mots qu'on choisit le jour 1 sont ceux qu'on écrira sur les feuilles de permission le jour 3, et qu'on relira chaque vendredi pendant 90 jours. Une ligne mal nommée au départ fera une feuille floue, et une feuille floue fait une ligne qui remonte. Prenez le temps, au jour 1, de trouver les mots justes. C'est le seul moment où ça ne coûte rien.
Ce soir, nommez 5 lignes, mal
Prenez un papier. Écrivez 5 choses qu'on vous a demandé de valider cette semaine, avec des mots de tous les jours. Vous allez les écrire mal : trop larges, ou trop précises. Ça n'a pas d'importance. L'équipe les réécrira lundi, sans vous, et elle en trouvera 15 de plus. Le geste suivant, chiffrer, est décrit dans l'article sur le 2e geste.
