Repreneur d'une entreprise en difficulté : comment ça se passe ?
Quelqu'un pourrait reprendre l'entreprise. Un concurrent, un salarié, un inconnu. L'idée vous soulage et vous blesse en même temps. Vous cherchez à comprendre ce que « repreneur » veut dire quand une entreprise est en difficulté : qui décide, ce qui est repris, ce qui ne l'est pas. Cet article donne les grandes lignes, sans entrer dans le détail des règles, qui dépendent de votre situation et relèvent d'un avocat ou du mandataire.
Reprendre une entreprise en difficulté : deux grandes voies
En termes généraux, un repreneur peut arriver de deux façons. Hors procédure : le fondateur vend ses parts ou son fonds, c'est une négociation privée. Dans une procédure collective : le tribunal peut organiser la cession de tout ou partie de l'entreprise à un repreneur, dans un cadre encadré, avec des règles sur ce qui est transmis, à qui, et comment les créanciers sont traités.
Les deux voies n'ont ni les mêmes acteurs, ni les mêmes contraintes, ni les mêmes conséquences pour le fondateur. C'est un professionnel (avocat, expert-comptable, mandataire) qui vous dira ce qui s'applique à votre cas.
Ce que cherche un repreneur
Pas vos dettes, en général. Il cherche ce qui a de la valeur : des clients, des contrats, un savoir-faire, une équipe, du matériel, un nom. Il regarde ce qui tient debout sans vous. C'est là que ça fait mal : une entreprise où tout passe par le fondateur vaut moins aux yeux d'un repreneur, parce que le jour où le fondateur part, il ne reste pas grand-chose à reprendre.
Ce qui rassure un repreneur
Une équipe qui sait qui fait quoi. Des devis qui sortent sans le fondateur. Des relances qui partent toutes seules. Une feuille A4 affichée : tâche, prénom, montant max. Un fichier client propre.
Ce qui l'inquiète
Un carnet d'adresses dans la tête d'une seule personne. Des procédures orales. Des clients qui n'acceptent de parler qu'au fondateur. Une paie du 28 payée avec l'argent du 15 depuis 2 ans.
L'équipe, dans une cession
La question qui compte pour vous : que deviennent les gens ? Dans le cadre d'une cession en procédure, l'offre du repreneur précise en général les emplois repris. Les contrats concernés sont transférés, les autres peuvent faire l'objet de licenciements dans un cadre spécifique. Les règles sont précises, elles dépendent de l'offre retenue et du jugement. Le mandataire et votre avocat sont les interlocuteurs.
Ce que vous pouvez faire, vous : dire la vérité à l'équipe, au rythme où vous l'apprenez. Un rendez-vous hebdomadaire de 20 minutes, même sans nouvelle. Et ne jamais promettre ce qui n'est pas signé.
Le fondateur, pendant et après
- Pendant la recherche de repreneur, vous êtes la mémoire de l'entreprise. Documentez : clients, fournisseurs, contrats, mots de passe, habitudes. Ce que vous écrivez vaut plus que ce que vous savez.
- Pendant la négociation, ne décidez pas seul. Un avocat relit tout.
- Après, selon les cas, vous partez, vous restez quelques mois pour la transition, ou vous restez salarié. Chaque option a des conséquences, notamment si vous êtes caution personnelle de dettes qui ne sont pas reprises.
Se rendre reprenable, même si on ne veut pas vendre
Voici le paradoxe : une entreprise qui pourrait être reprise demain est aussi une entreprise qui a moins besoin de l'être. Les deux reposent sur la même chose : le fondateur n'est plus le passage obligé. Si vous hésitez entre chercher un repreneur et vous battre pour un plan de continuation, le travail préparatoire est le même.
C'est ce que la série Remplaçables filme pendant 5 jours, puis 90 : le compteur des lignes qui passent par le fondateur, disons 23 au départ, et ce qu'il devient à J90. Un test de 48 heures sans lui vers J30, un test de 7 jours vers J60, qui casse presque toujours le 5e jour. L'entreprise peut échouer et on le montre. Vous pouvez candidater.
Ce soir : la liste de ce qui n'existe que dans votre tête
Une feuille. Tout ce qu'un repreneur ne trouverait nulle part : le client qui veut qu'on l'appelle avant 9 heures, le fournisseur qui accepte 60 jours si on le demande gentiment, le mot de passe de la boîte mail commerciale. Vous aurez une page pleine. Chaque ligne est une raison pour laquelle l'entreprise vaut moins qu'elle ne devrait. Demain, vous commencez à les écrire quelque part où quelqu'un d'autre peut les lire.
