Donner le droit de décider à un salarié : le 3e geste, au jour 3
Vous avez dit cent fois « tu peux décider ». Rien n'a changé. Parce que donner le droit n'est pas une phrase, c'est un acte, avec un papier, un montant, 2 signatures et des témoins. Le 3e geste de la méthode s'appelle donner le droit, et il occupe le jour 3 en entier. Voici le déroulé de cette journée, de 9 h à 17 h, ce qui se passe au moment de signer, et pourquoi un droit donné en privé ne vaut rien.
Un droit, pas une consigne
Il y a une différence entre « occupe-toi des devis » et « tu décides seul des devis jusqu'à ce montant ». La première est une consigne : vous restez propriétaire, la personne exécute. La seconde est un droit : la propriété change de main, jusqu'à une limite écrite. L'équipe sent la différence au mot près. La feuille qui porte ce droit est décrite dans l'article sur la feuille de permission.
Donner le droit ne se fait qu'après avoir nommé (jour 1) et chiffré (jour 2). On ne donne pas un droit sur une chose floue, ni sur une chose dont on ne connaît pas le poids.
Le jour 3, heure par heure
9 h : choisir la ligne
Devant l'équipe, avec la liste du jour 1 et les chiffres du jour 2. On note chaque ligne sur 3 critères, fréquence, détestation, risque, on multiplie, on prend la plus haute. 30 minutes. C'est le goulot n° 1.
10 h : trouver le prénom
Qui prend la ligne ? Pas celui que vous désignez. Celui ou celle qui dit « moi ». Si personne ne dit « moi », on demande pourquoi, et la réponse est presque toujours la peur de se tromper. On y répond par les 6 mots de la feuille, pas par un discours.
11 h : fixer le seuil, à 2
Le fondateur et la personne, seuls, 20 minutes. Trois questions : quelle erreur je peux encaisser, quel montant laisse passer 8 décisions sur 10, est-ce que je peux le dire sans trembler. Le résultat est un chiffre. On l'écrit. Comment faire est dans l'article sur le seuil.
14 h : rédiger la feuille
À la main. La tâche, le prénom, le montant, la phrase de 12 mots. Une page A4. On la relit à 2. On enlève tout ce qui ressemble à une condition.
16 h : signer devant tout le monde
L'équipe est réunie. Le fondateur lit la feuille à voix haute. Il signe. La personne signe. On punaise la feuille au mur, à côté du compteur. On annonce le nouveau compteur : 23 moins 1, 22. Il n'est pas encore descendu pour de vrai, il descendra quand la ligne aura tourné 2 fois sans vous. Mais la feuille est au mur.
Pourquoi devant tout le monde
- Parce qu'un droit donné en privé peut être repris en privé. Devant 9 personnes, le reprendre coûte.
- Parce que les autres doivent savoir à qui s'adresser. Sinon ils continueront à venir vous voir, et vous répondrez.
- Parce que celui qui prend la ligne doit entendre les 6 mots devant témoins. « Si tu te trompes, je couvre » dit à 2 est une promesse. Dit à 9, c'est un engagement.
- Parce que les 8 autres se disent : « la semaine prochaine, ça peut être moi ».
Ce que le fondateur ressent à 16 h 10
Du vide. Et une envie immédiate d'ajouter « mais tu me montres quand même les premiers ». Ne le dites pas. Si vous le dites, vous avez donné une consigne, pas un droit, et la feuille est un décor. Allez marcher 10 minutes. C'est ce que la série Remplaçables filme pendant 5 jours, puis 90 : le jour 3 à 16 h, la main qui signe, et la phrase qu'on retient. Si vous voulez savoir si vous la retiendriez, vous pouvez candidater.
Ce soir, le prénom
Pensez à la ligne que vous rendrez en premier. Puis au prénom qui pourrait dire « moi ». Pas celui que vous choisiriez : celui qui le dirait. Si aucun ne vous vient, c'est que l'équipe n'a jamais eu l'occasion de le dire. Le jour 3 est fait pour ça. Le jour suivant, on équipe la ligne, c'est le 4e geste.
