Entreprise de bâtiment en difficulté : que faire les 5 premiers jours ?
Votre entreprise de bâtiment est en difficulté. Vous le sentez depuis des mois : les fins de mois tendues, les fournisseurs qui appellent, les chantiers qui glissent, l'équipe qui vous demande tout. Vous ne savez pas si c'est grave ou si c'est passager. Cet article vous donne 3 signes pour le savoir, puis décrit ce qu'on fait pendant les 5 premiers jours dans une entreprise du bâtiment de 5 à 30 personnes, et les 90 jours qui suivent.
Difficulté ou mauvais mois ?
Toute entreprise du bâtiment a des mois durs. La pluie, un chantier contesté, un fournisseur en retard. La question n'est pas « est-ce que ça va mal ce mois-ci ? ». La question est « est-ce que l'entreprise tient encore sans ma fatigue ? ». 3 signes y répondent.
- La paie du 28 est payée avec l'argent du 15. Vous attendez un virement client pour payer les salaires. Chaque mois.
- Plus de 20 000 € dehors depuis plus de 2 mois. Des situations validées et non payées, des soldes de particuliers, des retenues de garantie, des travaux supplémentaires jamais facturés.
- Malade une semaine, personne ne sait qui fait les devis. Si vous disparaissez 7 jours, plus rien ne se chiffre, ne se commande, ne se décide.
Si vous cochez les 3, votre entreprise est en difficulté, quel que soit le chiffre d'affaires. Si vous en cochez 1, c'est le moment où c'est encore simple. Près de 68 000 défaillances d'entreprises sur 12 mois en France (Banque de France, cumul à fin novembre 2025), près de 190 par jour : beaucoup cochaient les 3 depuis longtemps.
Ce qu'on ne fait pas d'abord
On ne cherche pas un nouveau client. On ne refait pas le site. On ne change pas de banque. On ne licencie pas. Tout ça viendra peut-être, mais pas en premier. Pour les procédures, les dettes fiscales ou sociales, les délais de paiement à négocier, c'est un professionnel (avocat, expert-comptable, mandataire) qui vous dira ce qui s'applique à votre cas, et il faut l'appeler vite. Ce que décrit cet article vient à côté, pas à la place.
Les 5 jours
J1 : la liste, sans vous
L'équipe se réunit sans le fondateur. Une question : « qu'est-ce qui attend qu'il valide ? » La commande, le devis, le planning, la réponse au client, le choix du sous-traitant. Disons 23 lignes. C'est le compteur. Un seul chiffre pour tout le reste.
J2 : l'argent
Balance âgée imprimée. Qui doit quoi, depuis quand. Relances le soir même, puis J+5, puis J+15. Une phrase, un montant, une date. Dans une entreprise du bâtiment, on trouve presque toujours des situations oubliées et des travaux supplémentaires jamais écrits. C'est souvent la paie du 28. La méthode de relance est détaillée ici, et le cas du sous-traitant non payé là.
J3 : la feuille
1 page A4. Pour chaque tâche : un prénom, un montant maximum, la phrase « si tu te trompes, je couvre », 2 signatures. Affichée. C'est la permission écrite. Sans elle, l'équipe continue de « demander au patron », et rien ne change.
J4 et J5 : les machines, puis le téléphone éteint
J4, des machines sur les corvées : une qui relance la nuit, une qui trie les mails, une qui prépare les brouillons de devis, une qui tient la trésorerie à 13 semaines. Jamais une machine avant une permission. J5, le fondateur éteint son téléphone 2 heures devant l'équipe. Quelque chose casse. C'est l'information la plus utile de la semaine. Rien n'est rejoué.
Les 90 jours
Chaque vendredi, 20 minutes, 5 questions : la paie du 28, le compteur, l'erreur de la semaine, la reprise, la ligne suivante. Vers J30, un test de 48 heures sans le fondateur. Vers J60, un test de 7 jours ; ça casse presque toujours le 5e jour. J90, le compteur publié : disons 7. Les 7 lignes que le fondateur garde : les prix, les 3 plus gros clients, embaucher et se séparer, signer au-dessus d'un seuil, la trésorerie à 13 semaines, le cap à 1 an, le dernier recours. C'est ce que la série Remplaçables filme pendant 5 jours, puis 90 ; l'entreprise peut échouer et on le montre. Vous pouvez candidater, ou un salarié peut le faire pour vous, anonymement.
Ce soir : les 3 signes, par écrit
Un seul geste. Prenez une feuille. 3 lignes. « La paie du 28 : avec quel argent ? » « Dehors depuis plus de 2 mois : combien ? » « Si je suis malade lundi : qui fait les devis ? » Répondez honnêtement. Vous savez maintenant où vous en êtes. Demain, vous commencez par la ligne la plus rouge. Pour la trésorerie, la feuille à 13 semaines est le bon point de départ.
