Entreprise générale de bâtiment en difficulté : un seul cerveau
Vous dirigez une entreprise générale. Disons 15 personnes, 6 chantiers en cours, une dizaine de sous-traitants. Vous validez les situations, vous arbitrez les plannings, vous rassurez le maître d'ouvrage, vous relancez le carreleur, vous payez le plaquiste en retard parce que vous êtes vous-même payé en retard. Vous êtes le seul à avoir toute l'image en tête. Si vous tombez, l'image tombe. Cet article décrit ce qui fragilise une entreprise générale, et ce qu'on y fait en 5 jours pour que l'image existe ailleurs que dans votre tête.
L'entreprise générale, carrefour de tous les retards
Vous êtes payé par le client, vous payez les sous-traitants. Entre les 2, vous portez le risque de tout le monde. Un maître d'œuvre qui valide la situation avec 3 semaines de retard, et c'est le plaquiste, le carreleur et l'électricien qui attendent leur argent, et qui vous appellent. Vous êtes le seul à voir l'ensemble, donc le seul à pouvoir répondre.
Et comme vous répondez à tout, personne d'autre n'apprend à répondre. Le conducteur de travaux attend votre validation. L'assistante attend votre signature. Le sous-traitant attend votre virement. C'est le 3e signe d'une entreprise fragile : malade une semaine, personne ne sait qui fait les devis. Ni qui valide les situations.
Le compteur d'une entreprise générale
Le 1er des 5 jours, l'équipe se réunit sans le fondateur. « Qu'est-ce qui attend qu'il valide ? » Dans une entreprise générale, la liste est longue : la validation de la situation du plaquiste, la réponse au maître d'ouvrage sur un retard, le choix du sous-traitant pour les menuiseries, le planning de la semaine sur 6 chantiers, le devis de la rénovation d'immeuble, la réponse à l'appel d'offres, le règlement du fournisseur. Disons 23 lignes. Souvent plus. C'est le compteur. On l'écrit au mur.
Les 5 jours chez une entreprise générale
J2 : l'argent, dans les 2 sens
Balance âgée côté clients : qui vous doit quoi, depuis quand. Relances le soir même, J+5, J+15. Et balance côté sous-traitants : à qui vous devez quoi. On ne cache rien : un sous-traitant qui sait quand il sera payé attend mieux qu'un sous-traitant qui ne sait pas. Pour tout ce qui concerne les dettes fournisseurs et leurs conséquences, c'est un professionnel (avocat, expert-comptable, mandataire) qui vous dira ce qui s'applique à votre cas. Si vos sous-traitants vous appellent chaque semaine, l'article sur le sous-traitant qui n'est pas payé vous montre ce qu'ils vivent de leur côté.
J3 : la feuille, par chantier
1 page A4. « Validation des situations sous-traitants jusqu'à disons 10 000 € : le conducteur de travaux valide. » « Réponse au maître d'ouvrage sur le planning : le conducteur de travaux répond, le fondateur est en copie. » « Commande de matériaux jusqu'à disons 5 000 € : Inès commande. » « Si tu te trompes, je couvre. » 2 signatures. Affichée.
J4 : les machines
Une machine qui relance la nuit les situations clients. Une machine qui rapproche les situations sous-traitants des avancements, pour que le conducteur de travaux valide en 10 minutes. Une machine qui trie les mails par chantier. Une machine qui tient la trésorerie à 13 semaines, chantier par chantier, avec les délais réels de chaque maître d'ouvrage. Jamais une machine avant une permission.
Ce que le fondateur garde
7 lignes, pas plus : les prix (la marge par chantier, c'est vous), les 3 plus gros clients, embaucher et se séparer, signer au-dessus d'un seuil, la trésorerie à 13 semaines, le cap à 1 an, le dernier recours. La validation de la situation du plaquiste n'y est pas. La réponse au client sur le retard du carreleur non plus.
- Avant : le fondateur valide tout, les sous-traitants attendent, le client appelle le fondateur.
- Après : le conducteur de travaux valide sous seuil, l'assistante règle à date, le client a un interlocuteur par chantier.
- Le compteur : disons 23 au 1er jour, disons 7 à J90.
Les 90 jours
Chaque vendredi, 20 minutes, 5 questions : la paie du 28, le compteur, l'erreur de la semaine, la reprise, la ligne suivante. Vers J30, 48 heures sans le fondateur. Vers J60, 7 jours ; ça casse presque toujours le 5e jour, souvent sur un maître d'ouvrage qui exige de parler au fondateur sur un retard. Le conducteur de travaux apprend à tenir la conversation. On garde la scène, même si elle est mauvaise. C'est ce que la série Remplaçables filme pendant 5 jours, puis 90 ; l'entreprise peut échouer et on le montre. Vous pouvez candidater. Pour les chantiers qui mangent votre marge sans que vous le voyiez, l'article sur le chantier qui ne rapporte rien donne la liste à vérifier.
Ce soir : un chantier, un prénom
Un seul geste. Prenez vos 6 chantiers. À côté de chacun, écrivez un prénom : la personne qui, demain, répond au client et valide les situations sous un seuil. Si vous écrivez votre prénom 6 fois, vous avez la réponse à la question « pourquoi mon entreprise est en difficulté ». Demain, vous changez un des 6.
