Chauffagiste, entreprise en difficulté : l'hiver qui sauve ou qui coule
Vous êtes chauffagiste. De novembre à février, le téléphone ne s'arrête pas : chaudières en panne, clients sans chauffage, dépannages jusqu'à 21 heures. De mai à septembre, le calme, et la trésorerie qui fond. Entre les 2, des contrats d'entretien que personne ne relance et des factures d'hiver qui attendent encore en avril. Cet article décrit ce qui rend une entreprise de chauffage fragile, et les 5 jours qui lui redonnent une colonne vertébrale.
Deux saisons, une seule personne
Le chauffage est un métier à 2 vitesses. L'hiver, vous courez. L'été, vous attendez. Et dans les 2 cas, tout passe par vous : qui part en dépannage, à quel prix, quelle pièce commander, quel contrat d'entretien renouveler. L'hiver, vous n'avez pas le temps de déléguer. L'été, vous n'avez plus l'énergie.
Le résultat est classique. Des dépannages faits et pas facturés parce que « on verra ça après l'urgence ». Des contrats d'entretien jamais relancés, alors qu'ils sont la seule rentrée régulière de l'année. Et la paie du 28 payée avec l'argent du 15 dès le mois de juin.
Les 3 signes, version chauffagiste
- La paie du 28 payée avec l'argent du 15, surtout de mai à septembre.
- Plus de 20 000 € dehors depuis plus de 2 mois : les dépannages de janvier facturés en mars et toujours pas payés en mai.
- Malade une semaine en plein hiver, personne ne sait qui fait les devis de remplacement de chaudière. Ni qui dit oui à quel dépannage.
Si vous cochez les 3, c'est le profil que la série Remplaçables filme pendant 5 jours, puis 90. Vous pouvez candidater. Si vous en cochez 1, c'est le moment où tout est encore simple.
Ce que l'hiver cache
En hiver, le chiffre d'affaires monte et masque tout. Vous facturez beaucoup, vous encaissez peu, vous ne voyez pas la différence parce que le compte en banque bouge dans le bon sens. C'est en mars que la vérité arrive : les factures de dépannage de disons 200 à 600 € sont dispersées chez des particuliers, personne ne les a relancées, et le creux commence.
La feuille de trésorerie à 13 semaines est faite pour ce métier. Elle montre, en décembre, le trou de juillet. Pas pour s'inquiéter : pour agir en janvier, pendant qu'il y a de l'argent qui rentre. Le détail de la feuille est dans l'article sur la trésorerie d'un artisan du BTP à 13 semaines.
Les 5 jours chez un chauffagiste
J1 : la liste de ce qui attend
L'équipe se réunit sans le fondateur. « Qu'est-ce qui attend qu'il valide ? » Le prix d'un dépannage le samedi, la commande d'un circulateur, le devis de remplacement de chaudière, la réponse à un client en panne, le renouvellement d'un contrat d'entretien. Disons 23 lignes. C'est le compteur.
J2 : l'argent dehors
Balance âgée. Tous les dépannages d'hiver non payés, relancés le soir même, puis à J+5, puis à J+15. Une phrase, un montant, une date. Et une ligne à part pour les contrats d'entretien non renouvelés : un prénom, une relance.
J3 : la feuille
1 page A4. « Dépannage particulier jusqu'à disons 500 € : le technicien chiffre, intervient, facture sur place. » « Devis de remplacement de chaudière jusqu'à disons 8 000 € : Yanis chiffre avec la grille. » « Si tu te trompes, je couvre. » 2 signatures. Affichée. Le droit d'abord, la machine ensuite.
J4 : des machines pour les 2 saisons
L'hiver, une machine qui trie les demandes de dépannage et les classe par urgence, pour que l'équipe décide qui part sans vous appeler. Une machine qui facture le dépannage le soir même à partir du compte rendu du technicien. L'été, une machine qui relance la nuit les factures en retard, et une autre qui prépare les relances de contrats d'entretien 2 mois avant l'échéance. Toute l'année, une machine qui tient la trésorerie à 13 semaines.
Jamais une machine avant une permission. Si le technicien n'a pas le droit de facturer, la machine prépare une facture que personne n'envoie.
J5 et les 90 jours
Le 5e jour, le fondateur éteint son téléphone 2 heures devant l'équipe. En hiver, c'est effrayant. C'est pour ça qu'on le fait. Puis 90 jours : chaque vendredi, 20 minutes, 5 questions. Vers J30, 48 heures sans lui. Vers J60, 7 jours ; ça casse presque toujours le 5e jour, souvent sur une panne compliquée où le client exige de parler au fondateur. On regarde. On ajoute la ligne à la feuille. Si vous êtes plombier-chauffagiste, l'article sur l'entreprise de plomberie en difficulté décrit la même semaine du côté de l'eau.
Ce soir : les dépannages de la semaine
Un seul geste. Listez les dépannages faits depuis lundi. À côté de chacun : facturé ou pas. Pour ceux qui ne le sont pas, écrivez le montant et envoyez la facture avant de dormir. Demain, demandez au technicien le plus ancien s'il pourrait la faire lui-même, sur place, avec un plafond. Sa réponse est votre première ligne de feuille.
