Combien vaut mon entreprise sans moi ? La question que personne ne pose
Vous avez peut-être une idée de ce que vaut votre boîte. Un multiple, un chiffre entendu chez un confrère, une estimation de l'expert-comptable. Mais la vraie question, celle qu'un acheteur, un banquier ou votre conjoint se posent sans vous le dire, c'est : combien vaut cette entreprise sans vous dedans ? Cet article vous donne une méthode pour y répondre honnêtement, en 1 chiffre, et pour changer la réponse.
Deux valeurs, pas une
Toute entreprise portée par une personne a 2 valeurs. La première, c'est celle qu'on calcule : le chiffre, la marge, le carnet de commandes. La seconde, c'est celle qui reste quand vous sortez du bâtiment. Pour une boîte de 5 à 30 personnes, l'écart entre les 2 est souvent énorme. Et c'est la seconde qui compte, parce que c'est la seule qu'un repreneur achète, la seule qu'un banquier finance, la seule que votre famille récupère si quelque chose vous arrive.
Personne ne vous le dit en face. L'expert-comptable parle de multiples. La banque parle de garanties. Vous, vous avez le sentiment d'avoir construit quelque chose de solide. Mais demandez-vous : si demain vous ne répondez plus au téléphone, qu'est-ce qui continue ?
Le chiffre qui répond à la question
Il n'y a pas besoin d'un cabinet pour répondre. Il y a besoin d'1 chiffre : le nombre de lignes qui passent encore par vous. Les devis que vous validez. Les prix que vous seul connaissez. Les clients qui n'appellent que vous. Les paiements que vous seul déclenchez. Les décisions que l'équipe attend, assise, parce qu'« il faut que je lui demande ».
Ce chiffre, c'est le compteur. Dans la série Remplaçables, c'est le seul chiffre qu'on suit pendant 5 jours puis 90 : il part, disons, de 23 et on regarde s'il descend. Plus il est haut, moins votre entreprise vaut sans vous. Pas parce qu'elle est mauvaise. Parce qu'elle n'existe pas sans vous.
Comment le compter ce soir
Réunissez l'équipe sans vous. Oui, sans vous. Posez une seule question sur un paperboard : « qu'est-ce qui attend qu'il valide ? ». Laissez-les écrire 20 minutes. Récupérez la feuille. Comptez les lignes. Ne discutez pas. Ce chiffre est votre valeur sans vous, à l'envers.
Ce que la liste révèle
Elle révèle rarement de l'incompétence. Elle révèle de la permission manquante. Les gens savent faire. Ils n'ont pas le droit. Ou ils n'ont pas le montant max. Ou ils ont peur de l'erreur. C'est ce que détaille la carte des dépendances : chaque ligne a une raison, et presque toutes se règlent avec une feuille signée.
Le seuil acceptable
Le compteur ne descend pas à zéro, et il ne doit pas. 7 lignes restent au fondateur : les prix, les 3 plus gros clients, embaucher et se séparer, signer au-dessus d'un seuil, la trésorerie à 13 semaines, le cap à 1 an, le dernier recours. Une boîte à 7 lignes vaut quelque chose sans vous. Une boîte à 23, non.
Pourquoi l'écart est si grand
- Vous avez tout appris en premier. Vous avez fait les devis avant d'avoir une équipe. Personne n'a jamais eu besoin de les faire.
- Vous êtes le plus rapide. Expliquer prend plus de temps que faire. Alors vous faites. Depuis des années.
- Vous couvrez les erreurs des autres en les évitant. Donc personne n'en fait, donc personne n'apprend.
- Vos clients vous aiment, vous. C'est flatteur. C'est aussi la dépendance la plus chère à la revente.
Rien de tout cela n'est une faute. C'est le chemin normal d'une entreprise créée par une personne. Mais à un moment, ce chemin devient une impasse : une entreprise invendable, qui ne vaut que tant que vous tenez debout.
Faire monter la valeur sans toucher au chiffre d'affaires
C'est la bonne nouvelle. Vous n'avez pas besoin de vendre plus pour valoir plus sans vous. Vous avez besoin de faire descendre le compteur. Une feuille A4 par ligne : la tâche, un prénom, un montant max, « si tu te trompes, je couvre », 2 signatures, affichée au mur. Puis des machines sur les corvées, pour que la permission donnée ne devienne pas une charge écrasante pour la personne qui la reçoit : une machine qui relance la nuit, une qui trie les mails, une qui prépare les brouillons de devis. Puis vous lâchez : 2 heures téléphone éteint, devant tout le monde. Puis 48 heures. Puis 7 jours.
Chaque vendredi, 20 minutes, vous recomptez. C'est la seule courbe qui compte pour la valeur sans vous. Et c'est ce que la série filme, sans rejouer, avec le droit d'échouer. Si vous reconnaissez votre boîte, vous pouvez candidater.
Un geste avant de fermer l'ordinateur
Ouvrez votre boîte mail. Comptez les messages d'aujourd'hui qui contiennent, d'une façon ou d'une autre, « tu valides ? », « je fais quoi ? », « on attend ton retour ». Ce nombre, c'est votre compteur du jour. Écrivez-le sur un post-it et collez-le sur l'écran. Demain, vous commencerez à le faire baisser, une feuille à la fois.
