Couvreur, entreprise en difficulté : quand la météo décide de votre paie
Vous êtes couvreur. Votre planning dépend du ciel. Une semaine de pluie, c'est une semaine d'équipe payée sans un mètre carré de tuiles posé. Le chantier glisse, la situation glisse, le paiement glisse. Et vous, vous êtes sur le toit le matin, au téléphone à midi, sur les devis le soir. Cet article décrit ce qui rend une entreprise de couverture fragile, et les gestes qu'on applique en 5 jours pour qu'elle tienne quand il pleut et quand vous n'êtes pas là.
Un métier où l'on paie l'attente
La couverture a une contrainte que peu de métiers ont : on ne travaille pas sous la pluie, et on ne laisse pas un toit ouvert. Donc on planifie serré, et le ciel défait le plan. Quand il pleut 8 jours en novembre, l'équipe est payée, les échafaudages sont loués, et rien ne se facture.
Ce n'est pas un problème de gestion. C'est le métier. Le problème, c'est quand l'entreprise n'a plus de marge pour absorber la semaine de pluie. Quand une semaine blanche devient une paie du 28 payée avec l'argent du 15.
Les signes d'une entreprise de couverture en difficulté
- La paie du 28 attend un virement. Chaque mois, vous regardez le compte en espérant qu'une situation soit payée.
- Plus de 20 000 € dehors depuis plus de 2 mois. Des soldes de rénovation de toiture, des assurances après tempête qui traînent, des retenues de garantie.
- Si vous êtes malade une semaine, personne ne fait les devis. Monter sur un toit pour chiffrer, c'est vous. Toujours vous.
Le 3e signe est le plus fréquent chez les couvreurs. Chiffrer une toiture, ça se fait sur place, à l'œil, avec l'expérience. Et l'expérience, c'est le fondateur. Si c'est votre cas, l'article sur l'artisan qui fait ses devis le dimanche vous concerne.
Les 5 jours chez un couvreur
J1 : la liste, un jour de pluie
Autant profiter du ciel. L'équipe se réunit sans le fondateur. « Qu'est-ce qui attend qu'il valide ? » Le choix de la tuile de remplacement, la commande de zinc, l'heure de l'échafaudeur, le devis du faîtage, la réponse à l'assureur du client. Disons 23 lignes. C'est le compteur.
J2 : l'argent, la balance âgée
Qui doit quoi, depuis quand. Relances le soir même, J+5, J+15. Une phrase, un montant, une date. Les dossiers d'assurance après sinistre méritent une ligne à part : ils traînent, et personne ne les suit. On désigne un prénom.
J3 : la feuille
1 page A4. « Devis de réparation jusqu'à disons 2 500 € : Mehdi monte, chiffre avec la grille, envoie. Si tu te trompes, je couvre. » 2 signatures. Affichée dans le dépôt. Pour que Mehdi chiffre, il faut une grille d'1 page : prix au mètre carré par type de couverture, forfaits de petites réparations, temps de pose. Ce que vous aviez en tête, sur papier.
J4 : des machines sur ce que la pluie empêche
Un jour de pluie est un jour de corvées. Il devient un jour sans corvées si des machines les font. Une machine qui relance la nuit les factures en retard. Une machine qui trie les mails : demandes de devis, assureurs, fournisseurs. Une machine qui, à partir des photos de Mehdi et de 3 lignes, prépare le brouillon de devis selon la grille. Une machine qui met à jour la trésorerie à 13 semaines chaque vendredi, en intégrant les semaines de pluie prévues comme des semaines sans rentrée.
Jamais une machine avant une permission. La feuille d'abord. Sinon la machine prépare, et tout attend encore le fondateur pour envoyer.
J5 et les 90 jours
Le 5e jour, le fondateur éteint son téléphone 2 heures, devant l'équipe. Puis 90 jours : chaque vendredi, 20 minutes, 5 questions : la paie du 28, le compteur, l'erreur de la semaine, la reprise, la ligne suivante. Vers J30, un test de 48 heures. Vers J60, 7 jours. Ça casse presque toujours le 5e jour. Chez un couvreur, souvent sur un chiffrage compliqué : une toiture ancienne, une charpente abîmée découverte en cours de route. On note, on ajoute à la grille, on recommence. C'est ce que la série Remplaçables filme pendant 5 jours, puis 90 : vous pouvez candidater.
Ce que vous gardez quand il pleut
7 lignes : les prix, les 3 plus gros clients, embaucher et se séparer, signer au-dessus d'un seuil, la trésorerie à 13 semaines, le cap à 1 an, le dernier recours. Le reste, l'équipe le porte. Et quand il pleut, vous ne faites plus les corvées : vous lisez la feuille à 13 semaines et vous décidez. Pour la trésorerie d'une entreprise du bâtiment dépendante de la saison, l'article sur la trésorerie à 13 semaines détaille la feuille.
Ce soir : la grille du mètre carré
Un geste. Écrivez sur une feuille vos 5 interventions les plus fréquentes : remplacement de tuiles, réfection d'un pan, pose de gouttière, faîtage, recherche de fuite. Pour chacune, une fourchette de prix et un temps. Demain, montrez-la à la personne de l'équipe qui monte le plus souvent avec vous. Demandez-lui si elle pourrait chiffrer avec ça. La réponse vous dira où est votre compteur.
