Dire « je ne sais pas » devant son équipe quand on est le chef : comment
On vous demande une réponse. Vous ne l'avez pas. Vous en donnez une quand même, parce que le fondateur sait, c'est son rôle. Trois jours plus tard, elle était fausse. Dans une petite entreprise, le fondateur qui sait tout est le fondateur par qui tout passe. La méthode demande, au moins une fois dans les 5 jours, de dire « je ne sais pas » à voix haute, devant tout le monde. Voici pourquoi ces 3 mots pèsent autant, quand les dire, et ce qu'on dit juste après.
Pourquoi tout passe par celui qui sait
Dans une boîte de 9, si une personne a toujours la réponse, les 8 autres arrêtent de chercher. Pas par paresse : par efficacité. Pourquoi réfléchir 20 minutes quand il suffit de demander ? Le fondateur devient le moteur de recherche de l'entreprise, et chaque question est une ligne de plus au compteur.
Le mécanisme ne se casse pas en déléguant. Il se casse quand le fondateur, un jour, devant tout le monde, répond : « Je ne sais pas. » Et ne complète pas par une réponse 10 secondes plus tard.
Quand le dire
Au jour 1, en lisant la liste
Une ligne vous surprend : « Il valide le choix des emballages. » Vous ne saviez même pas que ça passait par vous. La bonne phrase : « Je ne savais pas que ça attendait. » Pas « ah oui, c'est normal parce que ».
Au jour 3, en fixant un seuil
« Jusqu'à combien tu peux décider seul ? » Vous n'en avez aucune idée. Dites-le : « Je ne sais pas. Qu'est-ce que tu dirais, toi ? » La personne propose un chiffre. Il est souvent plus bas que celui que vous auriez mis. Prenez le sien.
Le vendredi, à la question 1
« Est-ce que la paie du 28 est couverte ? » Si vous ne savez pas, dites-le. « Je ne sais pas, je regarde ce soir, et je le dis lundi à 9 h. » C'est mille fois mieux que « oui oui » suivi d'un découvert le 26. Les 5 questions sont dans la réunion du vendredi.
Comment le dire sans perdre pied
- Court. « Je ne sais pas. » Trois mots. Pas « je ne sais pas trop, enfin, il faudrait voir ».
- Suivi d'une question, pas d'une excuse. « Qui sait ? » ou « Comment on le saurait ? ». La question transfère le travail à la pièce.
- Sans reprendre la main 2 minutes plus tard. Si quelqu'un propose une réponse et que vous dites « oui mais en fait », vous saviez, et vous avez menti. L'équipe le note.
- Avec une date s'il faut une réponse. « Je ne sais pas. Je le saurai jeudi. » Et jeudi, vous le savez.
Ce qui se passe après
Un silence. Puis, presque toujours, quelqu'un qui sait. L'apprenti sait quel emballage tient mieux. La personne à l'accueil sait quel client paie toujours en retard. Ils ne l'avaient jamais dit, parce que vous saviez. Le « je ne sais pas » ouvre la porte, et des réponses entrent, que vous n'aviez pas.
Et il y a un effet plus lent : au bout de 3 ou 4 fois, l'équipe arrête de vous demander en premier. Elle cherche d'abord. Elle vous demande en dernier. C'est exactement le mouvement qui fait descendre le compteur, et il ne vient pas d'une feuille, il vient de 3 mots. C'est ce que la série Remplaçables filme pendant 5 jours, puis 90 : la première fois que le fondateur dit « je ne sais pas » devant la caméra et son équipe, et ce que les visages font à ce moment-là. Si vous ne l'avez jamais dit, vous pouvez candidater.
Un dernier mot pour ceux qui craignent de perdre leur autorité. L'autorité d'un fondateur de petite entreprise ne vient pas de ce qu'il sait. Elle vient de ce qu'il tient : la paie, les 7 lignes, « je couvre ». Un fondateur qui sait tout et ne tient rien n'a aucune autorité. Un fondateur qui dit « je ne sais pas » et qui paie le 28 en a toute.
Ce soir, trouvez la question
Il y a une question qu'on vous pose souvent et à laquelle vous répondez toujours, alors que vous n'êtes pas sûr. Un délai, un prix, un fournisseur. Trouvez-la. Demain, quand elle arrive, répondez : « Je ne sais pas. Qui sait ? » Et taisez-vous. Comptez jusqu'à 10 dans votre tête. Quelqu'un parlera. Ce soir-là, vous aurez compris pourquoi la méthode commence par une réunion sans vous.
