Terrassier, entreprise en difficulté : des engins qui coûtent chaque mois
Vous êtes terrassier. Vous avez des engins, donc des échéances, du gasoil, de l'entretien. Vous ouvrez les chantiers, donc vous êtes payé en premier dans le planning et souvent en dernier dans les faits, quand le client attend que la maison avance pour régler le terrassement. Et vous êtes dans la pelle le jour, au téléphone le soir, sur les devis le week-end. Cet article décrit ce qui tend une entreprise de terrassement, et ce qu'on y change en 5 jours.
Des charges fixes qui roulent
Le terrassement est un métier de machines. Une pelle, un chargeur, un camion : des échéances qui tombent tous les mois, que le chantier soit ouvert ou que la pluie l'ait fermé. Le gasoil s'achète avant d'être facturé. L'entretien arrive quand il arrive. Vous avez une structure de coûts lourde et des rentrées irrégulières.
Ajoutez des particuliers qui paient le terrassement « quand la maison sera finie », des lotisseurs qui paient à la situation validée, et vous avez une entreprise où la paie du 28 dépend d'un virement du 15.
Les 3 signes, version terrassement
- La paie du 28 payée avec l'argent du 15. Avec les échéances des engins à côté.
- Plus de 20 000 € dehors depuis plus de 2 mois. Des soldes de particuliers, des situations de lotisseurs, des travaux en plus (rocher, évacuation) jamais chiffrés.
- Malade une semaine, personne ne sait qui fait les devis. Chiffrer un terrassement, c'est aller sur place, lire le terrain, deviner ce qu'il y a dessous. C'est vous.
Si vous cochez les 3, vous êtes dans le profil des entreprises que la série Remplaçables filme pendant 5 jours, puis 90. Vous pouvez candidater.
Le rocher qu'on n'a pas facturé
Le chantier qui ne rapporte rien, chez un terrassier, c'est celui où le terrain n'était pas ce que le devis supposait. Du rocher, de l'eau, un ancien remblai. Vous avez passé 3 jours de plus avec la pelle. Vous n'avez pas osé le facturer, ou vous l'avez dit oralement et le client a oublié. Ces 3 jours, c'est la paie du 28. L'article sur le chantier qui ne rapporte rien détaille comment on s'en aperçoit avant la fin.
Les 5 jours chez un terrassier
J1 : la liste
L'équipe sans le fondateur. « Qu'est-ce qui attend qu'il valide ? » L'ordre des chantiers de la semaine, le choix de la décharge, la commande de gasoil, la réponse au client sur le rocher, le devis de la viabilisation. Disons 23 lignes. C'est le compteur.
J2 : l'argent
Balance âgée. Soldes de particuliers, situations de lotisseurs, travaux supplémentaires jamais écrits. Relances le soir même, J+5, J+15. Une phrase, un montant, une date. Les travaux en plus se chiffrent désormais le jour même, sur un papier signé par le client avant que la pelle reprenne.
J3 : la feuille
1 page A4, affichée dans la cabine de la pelle s'il faut. « Travaux supplémentaires jusqu'à disons 2 000 € : le chef de chantier chiffre sur place et fait signer. » « Commande de gasoil et consommables : Hugo commande. » « Devis de terrassement de maison individuelle jusqu'à disons 12 000 € : Hugo chiffre avec la grille après visite. » « Si tu te trompes, je couvre. » 2 signatures.
J4 : les machines, et la trésorerie des échéances
Une machine qui relance la nuit les factures en retard. Une machine qui prépare le brouillon de devis à partir des mètres cubes, de la distance de décharge et de la grille. Une machine qui tient la trésorerie à 13 semaines, avec les échéances des engins en dur, chaque mois, et les rentrées à la date réelle de chaque client. La feuille montre la semaine où l'échéance de la pelle et la paie tombent ensemble sans rentrée. C'est là qu'on agit, 6 semaines avant. Jamais une machine avant une permission. Pour la feuille, l'article sur la trésorerie d'un artisan du BTP à 13 semaines la détaille.
Pour tout ce qui touche au crédit des engins, aux reports d'échéances, aux dettes fiscales ou sociales, c'est un professionnel (expert-comptable, mandataire, avocat) qui vous dira ce qui s'applique à votre cas.
J5 et les 90 jours
Le 5e jour, le fondateur éteint son téléphone 2 heures, devant l'équipe. Puis 90 jours : chaque vendredi, 20 minutes, 5 questions. Vers J30, 48 heures sans lui. Vers J60, 7 jours ; ça casse presque toujours le 5e jour, souvent sur un chantier où le terrain réserve une surprise et où Hugo n'ose pas chiffrer. On regarde, on ajoute la ligne « imprévu de terrain » à la grille, on recommence. Le fondateur garde 7 lignes : les prix, les 3 plus gros clients, embaucher et se séparer, signer au-dessus d'un seuil, la trésorerie à 13 semaines, le cap à 1 an, le dernier recours.
Ce soir : le papier du rocher
Un seul geste. Préparez une feuille, en 5 lignes : « Travaux supplémentaires constatés le … : nature, quantité, prix unitaire, montant, signature du client. » Imprimez-en 10. Mettez-les dans la cabine. Demain, le chef de chantier a le droit de la faire signer avant de reprendre. Vous venez de récupérer la paie du mois prochain.
