Un seul indicateur pour piloter une petite entreprise : tenir le compteur
Vous avez essayé les tableaux de bord. Trop de colonnes, personne ne les met à jour, vous finissez seul devant le fichier un dimanche. La méthode retient un seul indicateur, et le 6e geste, mesurer, consiste à le tenir chaque semaine devant l'équipe. Voici comment écrire le compteur, où l'afficher pour que tout le monde le voie, et ce qu'il faut faire quand il remonte, parce qu'il remontera.
Mesurer, le 6e geste, celui qu'on oublie
La méthode a 6 gestes dans l'ordre : nommer, chiffrer, donner le droit, équiper, lâcher, mesurer. Les 5 premiers se font en 5 jours. Le 6e dure 90 jours, et c'est lui qui décide si les autres ont servi. Mesurer, ici, ne veut pas dire construire un tableau. Ça veut dire écrire 1 chiffre, 1 fois par semaine, au même endroit.
Ce chiffre, c'est le compteur : le nombre de lignes qui passent encore par vous. Si vous ne l'avez pas encore établi, lisez d'abord comment compter le compteur.
Tenir le compteur : le rituel du vendredi
Quand
Le vendredi, pendant les 20 minutes de la réunion hebdomadaire. C'est la 2e des 5 questions. Pas le lundi : le lundi, on a oublié la semaine. Pas le dimanche soir : le dimanche soir, vous êtes seul et vous trichez.
Qui annonce le chiffre
Pas vous. La personne qui a tenu le stylo au jour 1. Elle relit la liste, ligne par ligne, et demande : « Celle-là, elle est passée par lui cette semaine ? » L'équipe répond oui ou non. On compte les oui. C'est le compteur de la semaine.
Ce qu'on écrit
La date et le chiffre. Rien d'autre. Pas de commentaire, pas de pourcentage, pas de courbe. « Vendredi 12 : 19. » Le chiffre d'avant reste visible à côté.
Afficher le compteur : à la vue de tous
Un chiffre caché dans un fichier ne pèse rien. Le compteur s'affiche là où l'équipe passe tous les jours : à côté de la pointeuse, sur la porte de l'atelier, au-dessus de la cafetière. Un format simple suffit :
- Une feuille A4, ou un tableau blanc, avec 2 colonnes : la date, le chiffre.
- Le chiffre du jour 1 en haut, entouré. C'est le point de départ, il ne s'efface jamais.
- Le 7 en bas, entouré aussi. C'est la cible : les 7 lignes qu'on garde.
- Rien d'autre sur la feuille. Pas de slogan, pas de logo.
Pourquoi ce lieu et pas votre bureau ? Parce que le compteur n'est pas votre indicateur. C'est celui de l'équipe. Quand il baisse, c'est quelqu'un qui a pris une ligne. Quand il remonte, c'est souvent vous qui l'avez reprise, et tout le monde doit pouvoir le voir sans avoir à vous le dire.
Quand le compteur remonte
Il remontera. Vers le jour 30, presque toujours. Une erreur, un client fâché, et vous reprenez 3 lignes en une semaine « juste le temps que ça se calme ». Le vendredi, le chiffre passe de 14 à 17. Ne l'effacez pas. Écrivez-le. Un compteur qu'on corrige ne vaut plus rien. Ce moment a son article : la rechute du jour 30.
La série Remplaçables filme ce chiffre pendant 5 jours, puis 90, et le publie au jour 90, qu'il soit bon ou mauvais. Si vous voulez voir le vôtre affiché, vous pouvez candidater.
Et si quelqu'un propose d'ajouter un 2e chiffre au mur, le chiffre d'affaires, le nombre de devis, dites non. Pas cette année. Le jour où il y a 2 chiffres, l'équipe regarde celui qui monte et oublie celui qui compte. Un seul chiffre, 13 vendredis, et on verra au jour 90 si un 2e a sa place.
Le compteur a aussi un effet qu'on ne prévoit pas : il protège l'équipe de vous. Quand vous reprenez une ligne, ce n'est plus une discussion entre vous et une personne. C'est un chiffre qui monte au mur, que tout le monde voit. Vous aurez à vous expliquer devant 9 personnes, pas devant une.
Ce soir, préparez la feuille
Prenez une feuille A4 et un feutre. Écrivez en haut votre chiffre du jour 1, ou votre estimation si la réunion n'a pas encore eu lieu. Écrivez 7 en bas. Tracez 2 colonnes. Demain matin, scotchez-la à côté de la pointeuse avant que quelqu'un arrive. Ne dites rien. Quelqu'un vous demandera ce que c'est. Vous répondrez : « C'est le nombre de choses qui passent encore par moi. Vendredi, on le recompte ensemble. »
